Un reportage de Stéphanie Braquehais, à Juba, au Soudan du sud

Joana, jeune soudanaise de 15 ans :

Si l’homme qui m’épouse se fiche de moi, eh bien moi non plus je ne m’intéresserai pas à lui. Je serai éduquée, j’aurai un travail, je m’occuperai de moi. Je n’aurai pas besoin de dépendre de lui.

Danseurs au Soudan
Danseurs au Soudan © Al Jazeera english

Au Soudan du Sud, le mariage précoce est extrêmement répandu et freine bien évidemment la scolarisation des filles, mais il embarasse aussi les garcons car le prix de la dot que le prétendant doit payer à ses beaux-parents a véritablement flambé depuis quelques années.

Et le mariage est quasiment devenu un acte commercial.

Angelina écoute avec fierté sa fille Joana affirmer qu’elle fera de longues études. Car pour elle, ça n’a pas été le cas. A l’âge de treize ans, sa mère lui a annoncé qu’elle n’avait plus de quoi les faire vivre et qu’elle allait donc la marier. Son époux de 24 ans son aîné l’a mise enceinte l’année suivante. Son accouchement a été extrêmement douloureux et lorsqu’elle évoque ces souvenirs, les larmes lui montent aux yeux :

Toutes les nuits, c’était des disputes. C’est douloureux… Je suis désolée… Ce qui me fait de la peine, c’est que je n’ai pas pu continuer l’école et obtenir un diplôme pour gagner suffisamment d’argent et aider ma famille.

La tyrannie du mariage ne s’exerce pas seulement sur les jeunes filles. Nous retrouvons un groupe de jeunes hommes. Ils ont entre 20 et 35 ans et admettent que leur obsession est de se marier. Mabior, lui, a déjà passé le cap, mais ça lui a coûté 100 000 livres sud-soudanaises, soit plus de 20 000 euros et vingt vaches :

Pour moi c’était dur parce que j’ai visé une grande famille. Personne n’a jamais l’argent disponible. Vous pouvez avoir une somme, mais vous ne savez pas ce qu’on va exiger de l’autre côté. J’étais bien préparé, mais ça a coûté bien plus cher que je ne pensais.

Selon un rapport de l’institut des Etats unis pour la paix, le prix de la dot a augmenté de plus de 40% depuis 2005. Parallèlement, le niveau de vie, lui, s’est déterioré. Dans les villes, le chômage, l’inflation multiplient les obstacles. Nicodémus Ajak , âgé de 31 ans, a étudié à l’étranger. Il raconte avec humour son experience :

Certaines commencent à me fuir, disent que je suis vieux. Comment es-tu devenu si vieux? Me demandent-elles. Moi je dis que je suis allé à l’école! Ca prend au moins une heure d’explication à chaque fois et ca finit par décevoir. Si je me marie à une fille éduquée, ca me coûtera plus cher, une fille qui a étudié. Parce que je vais devoir payer ce que ses parents ont payé. Ils ne le diront pas, mais ca sera quelque part dans la facture.

Ces jeunes sont entre deux mondes : celui du village et celui de la ville. En milieu rural, la dot se paie bien souvent exclusivement en vaches, et les vols de bétail sont pour les aspirants au mariage une vraie catastrophe, impliquant fréquemment, un cycle de revanche sur la communauté adverse, difficile à apaiser.

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