Un reportage de Leïla BERATTO

Mohamed :

On n’a pas où aller ! Normalement, il y a des logements, il y a en a partout, ils sont prêts ! Pourquoi ils nous emmènent ici et depuis 11 jours, on a rien reçu ?

rue d'Alger
rue d'Alger © Aurélie Charon

Moham ed habite le quartier de Bab El Oued, à Alger.

Cet été, les autorités de la capitale algérienne ont donné un nouvel appartement à plus de 5 000 familles et le plan de relogement global à Alger prévoit de distribuer 84 000 logements.

Pourtant, cela ne suffit pas et les familles s’impatientent.

Surtout que depuis le séisme du 1er août, certains vivent dans une grande précarité...

On a ramené une plante, pour nous remonter le moral. Ici, regardez, c’est notre linge.

Ces familles ont été évacuées après le tremblement de terre. Leur immeuble devenait trop dangereux. Mais depuis, elles vivent dans les couloirs d’un cinéma fermé depuis des années.

Le linge sèche sur les escaliers, pour se laver, il n’y a qu’un évier et une petite bassine rouge et pour entrer dans la chambre des femmes, il faut se baisser, le plafond est trop bas. Les meubles eux sont entassés sur les rangées de fauteuils rouges.

On vit comme des rats. Il n’y a pas d’aération. On est 5 familles ici, les toilettes sont collectives, la saleté, je ne vous dis pas!

Les enfants sont malades, certains adultes ont fait des crises d’asthme. Mais ils ne peuvent pas partir.

Farida était propriétaire de l’appartement dont on l’a évacuée. Certains de ses voisins ont obtenu immédiatement plusieurs nouveaux logements. Pas elle. Elle dénonce la mauvaise gestion et la corruption des autorités locales.

Farida :

Il n’y a pas de loi, c’est la loi du plus fort. C’est le moment de faire de l’argent. Pour eux, c’est le moment. Les logements, il y en a. Donnez aux gens qui y ont droit! Faites une enquête !

Les habitants du cinéma sont allés manifester devant la mairie, dans le calme. Mais sans résultat. Alors Mohamed prévient : les problèmes de logement, il y en a dans tout le quartier et les manifestations pourraient finir par dégénérer.

Mohamed :

Nous si on coupe la route ici, on fait la mascarade, tout le monde descend! Bab El Oued, c’est une mèche, une bombe à retardement. Les gens de Bab El Oued, ils en ont marre. Les jeunes ici ils ne travaillent pas, il y a de la drogue. Si on lance un cri de détresse, tout le monde vient ici.

Si pour le moment, il n’y a eu aucune violence dans le quartier, chaque semaine rappelle l’urgence du relogement. Au mois d’août, une jeune femme est morte dans l’effondrement de son immeuble. Une semaine plus tard, plus d’une centaine de manifestants qui réclamaient des logements ont barré la route d’un autre quartier pendant toute une journée.

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