Reportage d’Yves-Laurent Goma, correspondant à Libreville, Gabon

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Femmes africaines
Femmes africaines © / CTC

Acheteuse de mutuki :

La friperie c’est la fin de série qui vient de l’Europe. En dépensant peu, on peut s’habiller. Parfois ce qui coûte cher dans les grande boutiques. Quand on va en ville, on voit ce qu’il y a dans le prêt-à-porter.__

Aujourd’hui direction le Gabon pour une séance shopping.

Notre correspondant nous conduit dans les méandres du marché central de Libreville pour acheter de la fripe, c'est-à-dire les vêtements de seconde main ou les fins de série venues d’Europe, vendus moins cher.

Un terme existe pour qualifier la fripe : là-bas cela s’appelle « Mutuki »

Après ses nombreux échecs scolaires, Judicaël Mavoungou, 26 ans, a atterri au marché Mont Mbouet, le plus grand marché de Libreville. Sans ressources, il a décidé de vendre la friperie plus connue ici sous le nom « au revoir l’Europe » ou Mutuki.

Vendeur de mutuki :

Tu peux nourrir ta famille avec. Pour moi c’est la joie. J’ai deux enfants à l’école. Je paye leur scolarité avec ce que je suis en train de vendre. C’est la joie pour moi. __

Le Mutuki se vend souvent en bordure de route, étalé à même le sol. Le vendeur passe des journées debout sous la canicule pour aguicher ses clients.

Vendeur de mutuki :

Il y a le soleil. Le soleil du Gabon fait mal. Et pourtant il y a un peu d’argent qui rentre par la grâce de Dieu. Inch’Allah !__

Opérant généralement dans l’informel, les vendeurs de la friperie sont la proie des policiers adeptes du racket.

Vendeur de mutuki :

Les policiers nous embêtent. Ils nous chassent, ils nous embêtent tout le temps tout le temps. Ils ramassent le marché, ils amènent. Ça c’est trop fort. __

Autrefois, la friperie était l’affaire des pauvres. La tendance a changé. Même les riches fourrent leur nez dans ces marchandises où tout se mélange.

Consommateurs de mutuki :

  • C’est valable pour toutes les bourses. C’est tout le monde. Pas seulement les pauvres. Il y a les dames bien qui viennent ici surtout quand on déballe. Elles viennent, elles s’asseyent et elles font leur choix.
  • Ce n’est pas question de pauvre ou de riche. C’est une bonne qualité au bas prix. Nous les africains, on aime ce qui est moins cher et bon.

  • Ce n’est pas dans les grandes surfaces qu’on achète ce qui est original. __

Etalée au marché, la friperie ressemble à un business merdique. En réalité il s’agit d’une affaire bien structurée. Les détaillants s’approvisionnent chez les grossistes. Eux même ont des fournisseurs en Europe.

Martial est l’un de ces grossistes.

Martial, grossiste :

Nous avons nos fournisseurs en Europe. Nous prenons les contacts sur internet. On vous fait voir la qualité de vos marchandises. Une fois vous avez payez, les marchandises peuvent arriver à Libreville.__

La consommation de la friperie est devenue une mode. Ibrahim Sendjet Mboulou, président de l’Organisation gabonaise des consommateurs conseille plutôt la prudence.

Sendjet Mboulo, président de l'organisation gabonaise des consommateurs :

Nous disons que pour des raisons sanitaires, les vendeurs puissent donner des conseils aux clients. Parce que nous connaissons que ces produits sont traités avec des produits toxiques.__

L’Etat, qui a compris qu’il s’agit d’un business fructueux, a augmenté les taxes douanières et gagne désormais beaucoup d’argent grâce à la friperie.

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