Un questions-réponses réalisé avec Régis Genté, en direct de Douchambé, au Tadjikistan

Montagnes au Tadjikistan
Montagnes au Tadjikistan © Radio France

Dans l’ex république soviétique du Tadjikistan cet hiver encore, nombreux son ceux qui souffrent du froid. Ce pays de 7 millions d’habitants connaît depuis 20 ans une profonde crise énergétique, en partie due à la guerre civile de 1992 à 1997, mais aussi au fait que le Tadjikistan ne produit pas d’hydrocarbures.

Douchambéest une ville engourdie par le froid et plongée dans l’obscurité.

Dans la capitale tadjike, les choses se sont améliorées. Il y a bien eu quelques coupures d’électricité, mais globalement cela a été. Côté gaz, chauffage, c’était à peine suffisant et j’ai bien supporté une petite laine.

En province, et surtout dans les villages, les choses sont en revanche sérieuses, graves.

Cela a même été dramatique pendant le si froid hiver 2008, des centaines de personnes ayant perdu la vie.

Le Tadjikistan est obligé d’importer son gaz de chez le voisin ouzbek, qui le lui fait payer très cher : plus de 300 dollars les 1000 m³, ce qui est hors de prix dans un pays où près de la moitié de la population vit avec des moyens au-dessous du seuil de pauvreté.

- Une pénurie d’électricité qui touche également les usines du pays

Absolument. Le fleuron industriel du Tadjikistan, c’est l’usine Talco, qui produit de l’aluminium. Cette usine a annoncé avoir vu sa production baisser de 15% en 2011 par rapport à 2010, précisément du fait du manque d’énergie.

C’est toute l’économie qui se trouvent considérablement freinée parce qu’en hiver, pendant trois quatre mois, beaucoup doivent cesser leur activité.

- Pourtant le Tadjikistan a une ressource naturelle : l’eau, qui vient notamment des montagnes du Pamir. Il est même le quatrième ou cinquième pays du monde par ses réserves d’eau. L’hydro-électricité pourrait-elle être une solution alternative ?

Oui et le pays a même un projet phare : celui du barrage de Rogun, qui, dans les rêves des dirigeants tadjiks et du peuple, pourrait devenir le plus haut du monde : 335 mètres.

S’il était construit, il permettrait non seulement au pays d’être autosuffisant et de relancer pleinement son économie.

Mais il lui permettrait aussi d’être exportateur, notamment en Afghanistan, ce qui, plaide le Tadjikistan contribuerait à sa stabilisation. Le problème est que l’Ouzbékistan, qui se trouve en aval du Tadjikistan, est tout à fait contre la construction du barrage de Rogun, en partie parce qu’il ne veut pas que son voisin ait la possibilité de contrôler le flux des eaux régionales, l’Ouzbékistan étant un des plus grands producteurs de coton de la planète. Mais c’est surtout pour des raisons géopolitiques que les Ouzbeks s’opposent à Rogun. Ils perdraient beaucoup de leur puissance régionale.

La situation est d’autant plus complexe que pour les Tadjiks, c’est aussi une question de fierté nationale.

Ce qui n’aide pas à trouver une solution pour que le Tadjikistan utilise de façon optimale ses ressources en eau, peut-être avec des projets moins grandioses.

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