Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Emilio Callisaya : « C’est une immense émotion parce qu’enfin le monde entier s’est rendu compte que la feuille de coca, ce n’est pas de la cocaïne »

Champs de coca dans la Vallée du Cauca, en Colombie
Champs de coca dans la Vallée du Cauca, en Colombie © Laurie Fachaux

Tout comme Emilio Callisaya, les Boliviens ont fêté dans la rue la décision de l’ONU, tombée le 10 janvier dernier, d’accepter le retour de leur pays au sein de la Convention Unique sur les Stupéfiants.

Une réintégration qui signifie que les Nations Unies accordent officiellement aux Boliviens le droit de mâcher des feuilles de coca, plante qui est à la base de la fabrication de cocaïne. Car la mastication de coca est une coutume ancestrale chez les Indiens des Andes, qui la pratiquent notamment pour combattre les effets de l’altitude.

Pour célébrer ce qu’Evo Morales a qualifié de « triomphe de la culture andine », des milliers de Boliviens ont défilé dans la ville en distribuant gratuitement des feuilles de coca à la population, accompagnés de chants, danses et discours à la gloire de la feuille sacrée des Incas, puis se sont rassemblés pour une séance collective de mastication.

Parmi les participants, Juan et Rodrigo.

Juan : « Pour nous la coca représente notre patrimoine culturel. La coca nous donne la vie, les études, le travail pour nos enfants et aussi et surtout la santé

Rodrigo : « Sans coca, la vie n’est pas bonne. Nous vivons quotidiennement avec la feuille sacrée de coca. Sans coca, il n’y a rien ! »

La Bolivie avait quitté la Convention Unique sur les Stupéfiants en juin 2011, pour en dénoncer l’article 49 qui interdit la mastication de feuilles de coca. La réintégration de La Paz signifie que le pays n’aura désormais plus à se plier à cette interdiction. Il aurait fallu qu’un tiers des membres de la Convention, soit 62 pays, refuse la demande bolivienne pour que celle-ci soit rejetée. Or seuls 15 états s’y sont opposés, dont les Etats-Unis, l’Angleterre, la Russie, le Japon ou encore la France. Une victoire diplomatique et politique pour le président bolivien Evo Morales, lui-même ancien producteur de coca.

Evo Morales : « C’est une grande marque de reconnaissance de la communauté internationale envers notre identité et notre feuille de coca. Depuis 1961 et la première Convention sur les stupéfiants, la feuille de coca a été punie, diabolisée, et criminalisée internationalement. Les producteurs de coca ont été accusés d’être des narcotrafiquants et ses consommateurs, de drogués. Alors que des universités des Etats-Unis et d’Europe ont démontré que la feuille de coca est bonne pour la santé ! »

Pour Emilio, syndicaliste paysan, il faut aller encore plus loin dans la réhabilitation planétaire de la coca.

Emilio : « La prochaine étape, c’est l’industrialisation et aussi la dépénalisation internationale de la consommation traditionnelle de la feuille de coca dans son état naturel. Mais on va y aller pas à pas. »

Un projet ambitieux qui fait partie des plans du président Morales. Ce dernier souhaite en effet augmenter la production légale de coca dans le pays de 12 000 à 20 000 hectares, afin de pouvoir industrialiser des produits dérivés de la plante puis, un jour, obtenir le droit de les exporter dans le monde entier.

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