un reportage d’Emmanuelle Steels

Ici on ne consomme que des boissons sucrées. Cela fait partie du régime alimentaire de base des Mexicains. C’est pour digérer. La majorité d’entre nous abuse du sucre, cela devient nocif.

Jesús , mexicain, employé d'un hôpital

Depuis quelques années, le Mexique est confronté à un problème majeur de santé publique , celui du surpoids : chaque année, désormais, l’addiction au sucre et l’obésité tuent plus que la violence . Dans ce pays de 120 millions d’habitants, où l’homme le plus gros du monde, Andrés Moreno , est mort à Noël dernier, sept adultes sur dix et trois enfants sur dix sont en surpoids ou obèses . Les spécialistes prévoient que le diabète et les maladies cardiovasculaires décimeront la population d’ici 2040. Car pour ne rien arranger, les boissons sucrées sont souvent moins chères que l'eau .Dans les rues de la capitale mexicaine, parmi les échoppes de tacos , les habitants se ravitaillent en tortillas , garnies de fritures, et en sodas .

Derrière ses casseroles où la viande se noie dans les bulles de graisse , un vendeur de tacos énumère les boissons sucrées qu’il propose. De l’eau, non, je n’en vends pas ! , dit-il. Car l’eau… personne n’en veut . Patricia et Gabriela , deux employées d’une pharmacie, absorbent chacune un demi-litre de Coca-Cola avec leur repas. Elles tentent d’en réduire la consommation, mais elles disent avoir été élevées au sucre.

D’après moi, c’est meilleur de boire sucré. On a envie de bien digérer et, avec l’eau, ça ne passe pas bien. Moi aussi je buvais beaucoup de Coca-Cola, mais, avec le temps, comme j’en consommais plus d’un litre par jour, je suis tombée malade. Maintenant je suis diabétique et je tente d’en boire le moins possible.

Le Docteur Abelardo Avíla , nutritionniste et spécialiste de l’obésité , considère que l’abandon de l’alimentation traditionnelle est à l’origine de ce problème. Dès l’enfance, les Mexicains, surtout les plus pauvres, consomment principalement des produits caloriques et non nutritifs .

De nombreux enfants mexicains qui souffrent de dénutrition durant les deux premières années évoluent ensuite vers l’obésité. Lorsqu’un enfant combine la dénutrition et l’obésité, les dommages pour son métabolisme sont très sévères. Cette combinaison, c’est la particularité de l’obésité au Mexique, ce qui le rend d'autant plus grave.

On est dans le pire des mondes possibles.

Dans le pire des mondes possibles, on a trouvé un terme pour qualifier l’épidémie nationale : c’est la diabesidad , littéralement la “diabésité ”, un cocktail mortel d’obésité et de diabète , qui s’installe dans l’organisme des Mexicains , dès le plus jeune âge.

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