Un questions-réponses réalisé avec Julie Vandal, en direct de Lagos, au Nigeria

Débris attentat Nigeria
Débris attentat Nigeria © Amnesty International

La secte islamiste Boko Haram multiplie les attentats meurtriers dans la moitié Nord du Nigeria. Des attaques quasi-quotidiennes qui ravivent les tensions ethnico-religieuses.

Depuis 2009, ce groupe qui réclame l’application de la Charia a tué plus de 1.000 personnes.Il y a dix jours encore, trois attentats ont visé des églises.

C'était un dimanche, lorsque les fidèles se trouvaient à l’église. Après les trois explosions, la ville de Kaduna s’est embrasée. Les quartiers se sont affrontés pendant trois jours. En tout, près de cent personnes ont été tuées.

Ce n’est pas la première fois que Boko Haram vise des églises.

Le 25 décembre dernier, celle de Madalla, une ville située à une quarantaine de kilomètres de la capitale fédérale Abuja, avait été la cible d’attaques. D’autres ont suivi.

La différence, c’est que Kaduna est un terreau propice aux violences. La ville se trouve au centre Nord du Nigeria et elle connait de fortes divisions ethniques, mais aussi religieuses, entre chrétiens et musulmans. Du coup, ces attaque sont ravivées les vieilles rancœurs latentes.

  • Comment les Nigérians réagissent-ils à ces violences ?

Avec colère. La CAN, l'Association chrétienne du Nigeria, n’a pas mâché ses mots. Elle a dénoncé un "nettoyage religieux systématique".

Consternation, aussi, de toute la population. Les attentats de la secte islamiste sont certes devenus quasi-quotidiens dans le Nord et cela n'émeut plus systématiquement l’ensemble des Nigérians. Mais le fait que ces explosions aient été suivies d’affrontements interconfessionnels a été un électrochoc.

D’autant que le président, Goodluck Jonathan, s’est absenté au moment de cette crise. Il n’a pas annulé son déplacement au sommet sur le développement durable de Rio, au Brésil, et cela lui a valu de nombreuses critiques. On l’a dit faible, incapable de gérer le pays.

Plus généralement, les Nigérians fustigent la gestion du conflit avec Boko Haram. Depuis un an, le gouvernement adopte une réponse essentiellement répressive, qui passe par le déploiement massif de policiers et de militaires.

Cela ne porte ses fruits et de plus en plus de voix s’élèvent pour demander l’ouverture de pourparlers avec les membres de la secte.

  • Qu’en pensent les autorités ? Est-ce qu’elles envisagent ces pourparlers ?

La piste a été maintes fois évoquée. Ce dimanche, le président Goodluck Jonathan l’a à nouveau suggéré. Dans une allocution à la télévision nationale, il a vivement critiqué la secte, qu’il accuse de changer de cibles sans se soucier de qui meurt.

Il a ajouté qu’il était prêt à ouvrir un dialogue avec Boko Haram à la condition (je cite) « que ses membres s’identifient et qu’ils fassent des demandes claires ».

Le problème c’est que le sujet divise au plus haut sommet de l’Etat. Il y a ceux qui voient désormais cette option comme une nécessité, et ceux qui refusent catégoriquement de discuter avec des “terroristes”. En attendant, le conseiller à la Sécurité nationale et le ministre de la Défense ont été limogés.

Le calme est revenu à Kaduna, mais le constat est là : au fil des mois, Boko Haram gangrène la société nigériane et les observateurs estiment qu’il y a urgence à neutraliser la secte.

Sinon, les populations pourraient être tentées de se venger pour assurer leur propre défense.

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