Un reportage de François-Xavier Freland, à Gao, au Mali

Un jeune habitant de Gao : « Ils sont sûrement aux alentours de la ville, peut-être cachés dans les petits villages. Ils sont toujours ici. »

combats contre les djihadistes à gao
combats contre les djihadistes à gao © reuters

Le Mujao est toujours là, dit ce jeune habitant de Gao. Le Mujao, c'est le Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest qui a imposé la Charia dans le Nord Mali durant leurs 9 mois d'occupation.

Et depuis la libération de Gao le 26 janvier dernier, le Mujao tente de reprendre la ville... Les troupes nigériennes essaient de le contrôler, mais les djihadistes bénéficient vraisemblablement de complicité chez la population.

Durant les 9 mois d'occupation, les islamistes avaient compris que l'application de la loi divine n'était pas forcément populaire. Alors, ils ont cherché à séduire. Sous leur règne, l'eau potable a été garantie dans la ville, en coopération avec la Croix Rouge. Les services sanitaires étaient assurés par des milices de la jeunesse qui collaboraient moyennant finance avec Abdoul Hakim, le chef du Mujao, le Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest. Le transport public était maintenu par une nouvelle compagnie islamiste.

Mohamed, petit commerçant, n'a pas oublié. Sa petite fille, Aïcha, est née au tout début de l'occupation islamiste.

Mohamed, habitant de Gao : « A l’époque, il n’y avait pas de moyen de déplacement, tout le monde n’était pas là. C’est moi-même qui me suis déplacée pour aller demander un service au Mujao s’ils pouvaient venir prendre ma femme et l’amener à l’hôpital pour l’accouchement. Ils ont dit que ce n’était pas un problème et ils ont emmené ma femme à l’hôpital.Après l’accouchement, ce sont encore eux qui ont ramené ma femme. Ils m’ont même donné quelque chose, un peu de sous donc je suis très content. » Aujourd'hui, on appelle encore la place de l'Indépendance, où l'on coupait des mains, la place de la Charia, signe que l'empreinte islamiste est profonde. Pas très loin, nous rencontrons Mohamed Sidibe. Ce jeune fils de diplomate, autrefois rappeur et addict à la drogue a trouvé dit-il, le chemin de la foi et de la sagesse. Il ne cache pas son penchant islamiste, proche du wahhabisme. Il dirige un hôtel à Gao, le seul qui n'ait pas été détruit par les islamistes car il y proscrit depuis toujours l'alcool et la prostitution. Ironie de l'histoire, certains dirigeants du Mujao logeaient encore dans ses chambres la veille de la libération de la ville, avant d'y recevoir des journalistes.

Mohamed Sidibe, directeur d’hôtel et notable de Gao : « Moi personnellement, je n’ai rien contre la charia, mais je pense qu’ils sont allés un peu trop vite. En Afrique, et particulièrement au Mali, on sait qu’il y a une grande corruption de l’Etat et une injustice. Donc quand ces deux choses se présentent dans une démocratie, on ne peut pas parler de démocratie. Ce n’est pas uniquement le suffrage universel, comme le croient nos politiciens. Des révolutions, il va toujours y en avoir en Afrique, tant que nos dirigeants n’arrivent pas à gérer comme il faut. » Au Mali, on en veut davantage parfois, à ceux qui ont voulu diviser le pays, les touarègues indépendantistes du MNLA, qu'aux islamistes qui ont voulu imposer la justice de Dieu. Aujourd'hui, face aux complicités évidentes de la population, beaucoup d'observateur craignent que les islamistes, à défaut de revenir par la force à Gao, fassent un retour inattendu par les urnes.

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