Un reportage de Pascale Guéricolas, à Montréal, au Québec

Julien : « Le gars n’arrêtait pas de me bousculer dans le sport, on jouait un peu ‘contact’. Et puis je suis presque tombé. Je me suis relevé, je l’ai repoussé. Et là, je me suis arrêté, je me suis dit ‘qu’est-ce que tu fais, là, recule un peu. J’ai pris un peu de recul, une grande respiration, et tout est bien allé »

Vue aérienne Cité des Prairies - Montréal
Vue aérienne Cité des Prairies - Montréal © groupecirtech.com /

Julien, 18 ans, met en application ses connaissances toutes neuves en matière de maîtrise de soi, suite à une bousculade, dans un gymnase. Il purge une peine de 6 ans et demi pour homicide involontaire à la Cité des Prairies, un centre de réinsertion de Montréal.

Trafiquants de drogue, meurtriers, voleurs, tous mineurs au moment du délit, vont à l’école dans ce centre très fermé où ils apprennent les bases de la vie en société. Un modèle de réhabilitation des jeunes délinquants qui a fait ses preuves, mais qui se trouve aujourd’hui menacé par le projet de loi punitif « C-10 » sur le point d’être adopté.

Pierre ,éducateur : « C’est la cuisine, où l’on prend les petits-déjeuners et la collation le soir. Les autres repas sont pris à la cafétéria. Donc il y a une salle commune, des salons, des chambres réparties sur deux étages »

Des chambres où les jeunes sont enfermés de 22h à 8h du matin. Dans cette unité où Pierre, éducateur, travaille depuis 12 ans, les jeunes ont un programme précis à accomplir. École, ateliers pour apprendre à ne plus recourir à la violence, ou à exercer son jugement, sport… Chaque délinquant a des objectifs précis en fonction de ses problèmes. Contrairement à la prison où la formation est sur une base volontaire, les éducateurs utilisent tous les moyens pour faire changer les jeunes, comme l’explique Pierre.

Pierr, éducateur : « On a identifié un problème, puis on observe ce problème-là et comment le jeune le gère. Le matin, le midi, le soir et même la nuit, sept jours sur sept, les jeunes se concentrent là-dessus, et l’on fait des rappels, des rappels. C’est plus que de la privation de liberté, c’est extrêmement intrusif ».

Selon Joceyne Boudreault, du Centre Jeunesse qui s’occupe notamment des jeunes délinquants, la méthode fonctionne car elle s’exerce sur des adolescents encore malléables. Si les jeunes se retrouvent désormais en prison comme le souhaite le gouvernement fédéral, elle se demande comment un délinquant va pouvoir s’intégrer à la société à l’issue de sa peine.

Joceyne Boudreault, du Centre Jeunesse : « Quand il va sortir de la prison, il ne sera pas réadapté. Ca va même être le contraire qui va arriver, puisqu’il va passer des années à l’école du crime. Donc ça m’étonnerait beaucoup qu’un jeune qui sorte au bout de 25 ans ne représente pas un danger pour la population »

C’est l’avis de la criminaliste de l’Université Laval Julie Desrosiers, sur le projet de loi C-10.

Julie Desrosiers, criminaliste à l'Université de Laval : « On reproduit le modèle adulte. C’est-à-dire que le juge peut simplement –et dans certains cas, il doit, c’est la loi- envoyer un message dissuasif de punition, comme si punir sévèrement allait régler le problème. On sait que la punition ne fonctionne pas. Pour arrêter la délinquance chez les mineurs, il faut vraiment inscrire l’intervention dans une optique de réhabilitation »

Au Québec, le taux de criminalité a beau être le plus bas depuis 30 ans, le gouvernement conservateur fédéral veut absolument imposer cette nouvelle loi, que soutient sa base électorale dans l’ouest du pays.

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