Un reportage de Delphine Sureau, à Shanghai, en Chine

Porte-parole de Yingli : « Si la Commission Européenne confirme qu’il y a dumping, et qu’elle taxe les producteurs chinois de panneaux solaires, les conséquences seront bien plus graves que les mesures déjà prises par les Etats-Unis »

Le porte-parole de Yingli, troisième plus grand producteur de panneaux solaires en Chine, est inquiet, car les fabricants chinois sont accusés de vendre leurs produits à des prix trop bas en Europe et aux Etats-Unis. Une concurrence jugée déloyale.

Washington a déjà décidé de limiter l’arrivée des panneaux solaires chinois sur son territoire, en imposant des taxes anti-dumping et l’Union Européenne pourrait bientôt faire pareil. Deux enquêtes sont en cours. La Chine, leader mondial du solaire, redoute la faillite

Il est à peine 16h chez ERA Solar et faute de commandes, les ouvriers s’apprêtent à rentrer chez eux. Leur entreprise, déjà fragilisée par la crise en Europe, comptait encore 1.300 salariés en début d’année. Mais quand les Etats-Unis ont imposé des taxes anti-dumping aux fabricants chinois de panneaux solaires, accusés de vendre à perte, Hong Chong’en a dû réduire ses effectifs.

Hong Chong’en : « Cette année, au premier semestre, avec les taxes anti-dumping américaines, on a licencié 300 personnes. Et on envisage d’aller plus loin... si on ne gardait que 500 personnes dans l’entreprise, ça suffirait vue la situation actuelle »

Car l’Union Européenne, où sont vendus 60% des panneaux solaires chinois, s’inscrit dans le sillage des Américains. Deux mois après l’ouverture d’une enquête anti-dumping, Bruxelles vient d’en lancer une autre, pour subventions illégales.

D’après EU Pro Sun, le groupement d’entreprises européennes à l’origine de la plainte, les fabricants chinois vendraient leurs panneaux deux fois moins chers que leur prix de revient et cela, grâce aux autorités chinoises. Pour devenir numéro un mondial du secteur, Pékin aurait fourni des terrains aux entreprises, tout en leur accordant des crédits à des taux très préférentiels.

Pour Hong Chong’en, il s’agit d’un faux procès.

Hong Chong’en : « Ces accusations de dumping sont extrêmement injustes. Oui, les panneaux solaires chinois ne paraissent pas chers. Mais c’est parce qu’en Chine, les salaires des ouvriers sont très bas. Trouver un terrain, construire une usine, c’est moins cher aussi. Beaucoup de matières premières coûtent beaucoup moins qu’en Europe. Ca n’a pas de sens de comparer »

La Commission européenne rendra ses premières conclusions en juin prochain. En attendant, les producteurs chinois ne restent pas les bras croisés. Ils cherchent de nouveaux marchés : Amérique latine, Japon, Australie. Ils regardent aussi chez eux, car pour éviter la faillite aux quelques 400 entreprises qui se sont engouffrées dans le solaire, Pékin n’hésitera pas à encourager les Chinois à s’équiper.

Mais on ne pourra pas sauver tout le monde, avertit Ding Yifan, économiste.

Ding Yifan : « Le marché (intérieur) chinois, aussi important soit-il, ne peut pas absorber toute la production de panneaux solaires. Laissez les entreprises les plus importantes absorber les plus faibles. Ainsi, ces puissants groupes pourront renforcer leur compétitivité à l’international »

Et pendant que Bruxelles enquête, Pékin riposte. La Chine a déposé plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Elle impose aussi depuis peu des taxes anti-dumping à certains tubes en acier fabriqués en Europe, repoussant ainsi les frontières de cette guerre commerciale.

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