Un reportage de Pascale Guéricolas, à Québec

Laurence Brunelle-Côté :

Ce n’est pas au médecin de décider qu’est ce qui est mieux pour nous. Le mieux, c’est de laisser le dernier mot à la personne qui est malade ou qui est âgée.

Viellesse euthanasie
Viellesse euthanasie © Lumières/Fotolia

Laurence Brunelle-Côté a 35 ans, elle est atteinte d’une maladie dégénérative qui la prive chaque jour un peu plus de l’usage de ses nerfs et de ses muscles. Elle soutient totalement le projet de loi sur l’aide médicale à mourir du gouvernement du Québec qui, pour la première fois dans le pays, permettrait aux médecins de pratiquer l’euthanasie sous certaines conditions. Le texte sera voté dès demain.

Cela fait 4 ans que les parlementaires planchent sur ce projet de loi qui prévoit de bonifier les soins palliatifs au Québec pour soulager les personnes en fin de vie, tout en autorisant les médecins à abréger les souffrances physiques et psychiques des patients qui le demandent.

Un texte bien rédigé, selon l’ex-juge Jean-Louis Beaudoin :

Le projet de loi dit bien que lorsque la personne est en phase terminale, et deuxièmement que la personne est soumise à des souffrances qu’on ne peut plus soulager. Donc c’est un cadre bien clair, bien réduit. C’est pas de l’euthanasie sur demande, n’importe quand, n’importe où.

Les regroupements de médecins au Québec approuvent l’aide médicale à mourir telle qu'elle est définie. Cette démarche inquiète cependant certains praticiens. En débat, l’urgentologue de Québec, Claude Morin , se demande si cette autorisation ne va pas entraîner une vague d’euthanasies, malgré les garde-fous :

Je ne crois pas au respect de ces balises-là, parce qu’il y aura tellement d’occasion, de contraintes sociales, financières, économiques et autres, qui feront que ces balises-là ne tiendront pas. C’est comme quand on ouvre une brèche dans un barrage. Dès que l’eau va commencer à passer, ça va s’élargir. C’est certain, c’est ce qui se passe en Belgique entre autres, les soins palliatifs vont écoper.

Aux prises avec une maladie dégénérative qui la handicape toujours un peu plus, Laurence Brunelle-Côté juge sévèrement ceux qui pourraient l’empêcher, le moment venu, d’accéder à l’aide médicale à mourir.

Je trouve ça indécent que des médecins qui sont supposés être là pour ça, pour écouter leurs patients malades, que eux-mêmes ne soient pas capables de les écouter. Les seuls opposants au projet, ce sont des médecins.

Le politologue Jean Mercier milite pour le droit à l’euthanasie, un droit qui aurait surtout évolué dans de petites juridictions comme la Belgique, la Hollande, le Québec, car on y serait davantage au fait d’agonies dans la souffrance :

On voit davantage les effets négatifs de ce qu’on fait autour du malade parce que les sociétés sont plus petites, communiquent davantage entre elles. Et moi je pense que lorsqu’on se rencontre dans des cas précis, tout le monde ou à peu près, au Québec c’est à peu près 80% environ, reconnaît que la situation n’est pas souhaitable. Donc ce sont les petites juridictions qui vont apprendre aux plus grandes.

Même si le Québec adopte cette législation, le gouvernement central canadien risque cependant de la contester.

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