Reportage de Thibaut Cavaillès, correspondant de Radio France en Tunisie

Nour :

Il m'a proposé « je te laisse à condition que tu viennes avec nous, chez nous, on a beaucoup de bières. On dort ensemble… et je te laisse.

Femme tunisienne pendant la révolution de 2011
Femme tunisienne pendant la révolution de 2011 © anw.fr

Une proposition comme il en existe souvent, d'hommes à des femmes. Mais cette proposition-là, Nour ne s'y attendait pas car elle émanait de… policiers !

C'était en septembre dernier, à Tunis. Nour, bien sûr, a refusé. Mais la suite fut pire : elle a été abusée sexuellement.

De plus en plus de femmes dénoncent ces abus.

Nour :

C’est le certificat de l’hôpital. Il y a un autre arrêt de travail de 6 jours.

Parce qu'elle a refusé leurs avances et a menacé les policiers, Nour, 20 ans, s'est retrouvée dans un fourgon, direction un centre de détention près de Tunis. Elle y passera 3 jours accusée d'agression sur des représentants de l’ordre. Mais ça n'est rien comparé au trajet dans la camionnette. Avec elle 5 policiers, des hommes. D'abord les coups... attestés par les certificats. Puis :

Ils m’ont déshabillé. Ils n’arrêtent pas de me caresser, ils passent leurs mains partout. Les 5.. Bien sûr je suis menottée, les mains et les pieds. Je cris, je dis : « je ne suis pas ce genre.. je ne fais pas ce genre de chose comme ça. » Il m’a dit : « Non tu es une pute. Avec ta mère.. Et tu vas voir ce que l’on va faire pour ta mère et pour ta famille. »

La mère de Nour, Fatma, n'a pas voulu en rester là. Elle est allée porter plainte. l'affaire est en cours d'instruction.

Fatma, mère de Nour :

Pourquoi 5 hommes ? Qu’ils choisissent 2 agents ou une femme !

Selon une association d'aide aux femmes, ce genre de témoignage sur des abus policiers est de plus en plus fréquent en Tunisie.

Plus de cas ? Pas sûr. Mais les langues semblent s'être déliées, depuis qu'une jeune femme violée par deux policiers a porté plainte et réussi, chose rare ici, à faire condamner ses bourreaux.

Une jeune femme :

J'ai ouvert un compte au nom de Miriam Ben Mohamed sur Facebook et il y a beaucoup de filles qui m'ont ajouté comme amie ce qui m'a rendu heureuse car beaucoup ont osé raconter et même porter plainte ! L’une d’elle l'a fait contre un policier juste pour des attouchements. Elle a voulu porter plainte comme moi, a-t-elle dit... parce que je suis allée jusqu'au bout pour avoir justice.

Les autorités ne communiquent pas sur ces cas. Sous la dictature de Ben Ali comme aujourd'hui. S'ils ne sont pas forcément plus nombreux, rien en tout cas n'a été fait pour qu'ils diminuent estime Farah Hached, à la tête de l'association Le Labo Démocratique.

Farah Hached, de l’association Le Labo Démocratique :

Ce qui est certain c’est qu’il y avait aussi des abus avant aussi. Il pouvait y avoir aussi des pressions policières qui utilisent le harcèlement sexuel dans le cadre des pressions policières contre les opposants politiques. Ça continue aujourd’hui, depuis la révolution il y a un manque de réforme. Nous, en tant que société civile, ce que l’on souhaitait c’est que ces réformes et ces garde-fous contre ses abus soient mis en place le plus tôt possible. Ça n’a jamais été fait.

Des réformes pour redorer l'image d'une police haï sous Ben Ali et qui n'est plus vraiment respectée depuis la révolution.

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