Un reportage de Gabriel Kahn, à Manille, aux Philippines

Ruby Ramores : « Ils se moquent du montant à payer pour avoir quelqu’un tant qu’ils parviennent à envoyer cette personne dans le pays où on a besoin d’elle »

Danse Philippines
Danse Philippines © chooyutshing

Selon ces propos tenus par Ruby Ramores, de l’agence philippine contre le trafic d’êtres humains, les Philippins recrutés illégalement sont littéralement achetés puis revendus une fois arrivés en Syrie. Aux Philippines, le gouvernement tente de rapatrier les quelques 10 000 ressortissants installés en Syrie.

Car ce sont de véritables mafias qui sont à l’origine de ces trafics entre les Philippines et le Moyen-Orient, et qui ont des ramifications jusque dans les services d'immigrations.

Nous voici dans le hall d’arrivée de l’aéroport international de Manille. Aujourd’hui, une trentaine de femmes des Philippines employées comme domestiques en Syrie sont rapatriées aux frais du gouvernement philippin. Une opération pleine de dangers. La plupart de ces femmes ont dû fuir leurs employeurs en Syrie et trouver refuge dans les entrailles du Consulat des Philippines à Damas, dans l’espoir de pouvoir quitter ce pays en guerre. Certaines d’entre elles ont attendu plus de trois mois dans les locaux de ce consulat avant de pouvoir être évacuées. A leur arrivée à Manille, elles chantent.

Bellen Reyes est en pleurs en écoutant cette chanson. Difficile de savoir si ces larmes sont de joie ou de peine.

Bellen Reyes : « Parfois, ma patronne m’emmenait dehors pour faire des courses, sortir avec ses amis. Sur le chemin, il y avait de temps en temps des troubles, des bombes. J’ai dit à ma patronne que je voulais rentrer aux Philippines. Elle a refusé, alors je me suis enfuie »

Comme la plupart des quelques 10 000 travailleurs philippins présents en Syrie, Bellen Reyes y est arrivée munie de faux papiers, victime de réseaux de recrutements mafieux bien implantés entre le Moyen Orient et l’Asie du Sud Est. En témoigne la responsable de l’agence philippine contre le trafic d’être humain, Ruby Ramores.

Ruby Ramores : « La plupart sont recrutés en province. Ensuite, ces intermédiaires leurs trouvent des passeports. Ils les transportent à Manille, où des gens les attendent. Ils leurs achètent leurs billets d’avion et corrompent le personnel au service d’immigration »

Le rapatriement de tous ces travailleurs illégaux par le gouvernement des Philippines se révèle plus coûteux que prévu.

Ruby Ramores : « La majorité des employeurs en Syrie sont vraiment retors. Ils exigent désormais 8 à 10 000 dollars américains pour donner des visas de sortie aux Philippins ».

La plupart des Philippins rapatriés n’ont pas été payés par leurs employeurs car ils ont fui leur travail. Ils rentrent chez eux les poches vides, comme Sandra, 24 ans.

Sandra : « J’ai parlé au consulat des Philippines. Je leur ai demandé de m’aider. Je leur ai dit que salaire ou pas, je voulais rentrer aux Philippines, revoir ma famille. Car la guerre était toute proche. Je ne voulais pas mourir là-bas »

Mais très vite, la plupart des Philippins rapatriés de Syrie veulent déjà repartir. Faute de travail dans leur pays, ils font la queue dans les entreprises de recrutements dès qu’ils ont récupéré leur passeport.

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