Un reportage de Sébastien Farcis, correspondant de RFI en Inde

Sonia Walia :

J'ai commencé à nettoyer les toilettes des gens quand j'avais neuf ans. J'accompagnais ma mère. C'était horrible et sale. J'avais mal à la tête à cause des odeurs, et je tombais souvent malade.

Dharavi, bidonville à Bombay, en Inde
Dharavi, bidonville à Bombay, en Inde © lecercle

Le travail de Sonia Walia est de nettoyer les toilettes sèches. Un métier pratiqué par plus de 400 000 personnes en Inde : des hors-castes, des intouchables qui se rendent tous les jours chez les particuliers ramasser ces excréments, et les porter sur la tête, hors de la vue des castes plus élevées.

Une ONG a déjà réussi à réintégrer des milliers d'entre eux dans la société. Un effort qui devrait être facilité à présent par une nouvelle loi offrant des formations à ces intouchables.

Soni Walia a toujours voulu étudier, mais sa mère lui répétait que chez les Balmiki, une communauté d'intouchables, personne n'allait à l'école. Dans cette ville de la sortie de New Delhi, les femmes se passent ce travail répugnant comme un héritage, avec pour récompense quelques roupies et le dédain des autres habitants.

Sonia Walia :

Si on voulait boire de l'eau, ils nous la versaient de haut, pour pas que l'on touche la cruche. On ne pouvait pas non plus approcher les enfants, et au marché, personne ne nous laissaient toucher les légumes.

En Inde, plus de la moitié de la population n'a toujours pas de toilettes dans leur maison, et beaucoup utilisent de simples latrines sèches qui doivent être nettoyées tous les jours par ces intouchables. Une loi interdit ce métier depuis 1993, mais elle a peu d'effets pour le faire disparaître : au moins 400 000 personnes l'exerceraient toujours.

Bindeshwar Pathak est le fondateur de l'ONG Sulabh. Il vient d'une famille de haute caste, mais il a embrassé la cause de ces parias. Ce sociologue et travailleur social réputé en Inde a installé, depuis 40 ans, des centaines de milliers de latrines lavables à l'eau et bon marché dans les villages. Puis il a formé ces nettoyeuses, comme la jeune Soni, à d'autres métiers de tissage et de maquillage.

Bindeshwar Pathak :

Nous leur offrons d'abord une éducation de base et aujourd'hui, beaucoup travaillent comme couturières. Mais je les ai surtout aidées à briser les barrières entre castes : je les ai emmenées manger dans des hôtels 5 étoiles, et j'ai passé 5 heures à attendre devant le temple d'Alwar, au Rajasthan, où les intouchables étaient interdits, pour convaincre les Brahmanes qu'ils n'étaient pas différents de nous. Cela, aucun politicien n'a pris le temps de le faire, c'est pourtant par ces gestes symboliques que l'on peut faire changer les choses.

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La loi qui vient d'entrer en vigueur s'inspire de ce travail et prévoit d'offrir des formations et revenus aux anciens nettoyeurs de toilettes. Mais comme le confie un responsable du ministère de l'Emploi, il faudra du temps avant que les administrations locales ne recensent toute la population concernée.

En attendant, Ushad Shoma, une ancienne nettoyeuse de toilettes du Rajasthan, devenue cuisinière, a déjà goûté au rêve du Mahatma Gandhi de mettre fin au statut d'intouchable :

Ushad Shoma :

Cela a pris près de 10 ans pour nous, mais aujourd'hui les hautes castes nous invitent à leur mariage. Ils ont réalisé que ce qui était impur, c'était juste notre travail, et pas nous !

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