Un reportage de François Cardona, à Rio de Janeiro, au Brésil

Le Christ rédempteur dominant la ville de Rio de Janeiro (Brésil)
Le Christ rédempteur dominant la ville de Rio de Janeiro (Brésil) © cc / Mark&Tara

Au Brésil, une véritable révolution sociale est en cours puisqu’un amendement à la Constitution accorde désormais à plus de 7 millions d'employés domestique les mêmes droits qu'aux autres salariés, comme une durée maximale de travail de quarante-quatre heures par semaine et le paiement majoré des heures supplémentaires.

Des avancées sociales majeures, qui pourtant font grincer des dents et inquiètent la classe moyenne.

Betania et son mari, la trentaine, emploient une femme de ménage et une nourrice, quasiment à plein temps, pour s’occuper de leur fils, Ignacio, tout juste un an.

Cette pharmacienne et ce fonctionnaire font partie de la nouvelle classe moyenne brésilienne. Ils habitent dans un quartier chic de Rio de Janeiro et sans ces deux employées, Bétania ne sait pas comment leur maison va fonctionner.

Betania : « Monica s’occupe vraiment de toute la maison. Nous on part travailler, et elle se charge de faire les courses, de cuisiner. Amanda, la nounou, elle, s’occupe de Ignacio toute la journée, et elle dort ici souvent, durant la semaine ».

La nouvelle loi concerne tous les employés de maison, nourrices, chauffeurs et garde-malades – qui travaillent plus de 3 jours par semaine chez le même employeur. Ils bénéficient désormais d’une durée maximale de travail de 44 heures par semaine, du paiement majoré des heures supplémentaires et d’un tarif nocturne.

Une petite révolution pour Amanda, la nourrice, qui a commencé à calculer ce que ses heures supplémentaires vont lui rapporter.

Amanda : « Avant, nous n’avions pas ces droits, et ça faisait que l’employée domestique était mal considérée. Elle devait travailler plus que ce qu’elle ne pouvait le supporter. On nous appelait toujours quand on était en heures de repos. Avec cette nouvelle loi, on va être mieux respectées ».

Au Brésil, les employés domestiques font partie de la culture nationale. Ils seraient plus de 7,5 millions. Ces femmes et ses hommes à tout faire dorment souvent chez leurs employeurs : dans toutes les maisons, à Rio de Janeiro, une petite pièce obscure, derrière la cuisine, leur est réservée.

Si leur nourrice continue de faire autant d’heures supplémentaires, Betania et son mari, vont devoir augmenter son salaire de près de 30%. Impossible pour ce jeune couple.

Betania : « La majorité des gens que je connais qui ont deux employés vont devoir changer de mode de fonctionnement. Deux domestiques ça va devenir trop cher. Avoir quelqu’un à sa disposition 24h sur 24, ça va rapidement disparaître. »

Aline Ladvocat dirige depuis plus de 10 ans une agence de placement de domestique à Rio de Janeiro. Pour cette professionnelle du secteur, la loi va bousculer les mentalités.

Aline : « Comme l’employé(e)€ ne dormira plus chez ses patrons, ça va lui permettre d’étudier le soir, et de s’occuper de ses enfants et ainsi éviter qu’ils ne se marginalisent. Et pour l’employeur, c’est une bonne chose aussi. Il va apprendre à ne plus avoir une domestique en permanence dans son intimité. Mais bien sûr, nous allons continuer d’avoir un grand nombre de domestiques, et pour très longtemps. »

Dans un secteur où plus des deux tiers des emplois sont informels, le risque est de voir les employeurs remplacer leurs domestiques à plein temps par des « diarista », des emplois à la journée qui, eux, ne bénéficient encore d’aucun droit.

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