Reportage de Cyril Sauvageot, envoyé spécial permanent de Radio France à Berlin, Allemagne

Direction l’Allemagne, qui commémore en ce moment les 70 ans de la fin du régime nazi... Une cérémonie aura notamment lieu dimanche à l’ancien camp de concentration de Dachau. Ce 70è anniversaire est aussi l’occasion de mettre en lumière un phénomène encore méconnu, celui des « enfants de l’occupation ». Ils seraient 200 000 fils et filles illégitimes de soldats Alliés stationnés en Allemagne après 1945. Un livre qui vient de sortir outre-Rhin raconte leur histoire.

Elle porte un prénom français, mais jusqu’à ses 50 ans, Margot n’a pas su qui était son véritable père, un soldat de l’armée française détaché en Allemagne après-guerre. Comme pour beaucoup de ceux qu’on appelle le « enfants de l’occupation » – ils seraient 200 000 en Allemagne et 20 000 en Autriche – le sujet est longtemps resté tabou dans la famille de Margot. Mais le besoin de savoir était plus fort

Margot :

C’était quelque chose de honteux dans la famille, on n’en parlait pas. C’est ce que j’ai ressenti quand j’étais enfant. Mais à l’âge de 15 ans j’ai commencé mes recherches auprès de l’ambassade de France avec l’aide d’une de mes tantes. Ensuite j’ai eu des enfants, j’ai mis un peu tout ça de côté… et c’est revenu plus tard. J’ai finalement retrouvé la trace de mon père, malheureusement je n’ai pas pu le rencontrer, il était déjà mort. En revanche, j’ai maintenant 2 sœurs françaises formidables, j’ai beaucoup de chance.__

"Wir Besatzungskinder" Ute Baur-Timmerbrink
"Wir Besatzungskinder" Ute Baur-Timmerbrink © radio-france

Des témoignages comme celui-là, il y en a une douzaine dans ce livre qui vient de sortir en Allemagne, intitulé « Nous, les enfants de l’occupation__ ».

L’ouvrage fait parler car il dévoile un aspect méconnu des années d’après-guerre : il montre surtout combien les fils et filles de soldats alliés et leurs mères ont pu être stigmatisés, et rejetés parfois par la société allemande.

L’auteur du livre, Ute Baur-Timmerbrink a découvert elle-même à 52 ans que son père biologique était un soldat américain, qui avait par ailleurs une famille aux Etats-Unis. Depuis 2003, elle s’est engagée auprès de l’ONG britannique GI Trace pour aider d’autres enfants de l’occupation. Toutes les démarches n’aboutissent pas, mais grâce à son expertise, elle a déjà permis plus de 200 retrouvailles. Avec une proportion importante de filles de soldats

Ute Baur-Timmerbrink :

Il y a une vraie différence de démarche entre les femmes et les hommes. Les filles recherchent vraiment leur papa, leur protecteur, celui qui aurait pu leur donner de la force, les aider à s’orienter dans la vie. Alors que pour les hommes, il y a surtout de colère et du rejet vis-à-vis de ce père absent. Ils ne veulent même pas savoir. C’est quand ils ont eux-mêmes des enfants que les choses changent : où sont nos racines ? Qui était notre grand père ? Ces questions prennent peu à peu le dessus sur la colère ressentie vis-à-vis de ces hommes qui ont laissé tomber leur mère.

Longtemps considérés comme des ‘enfants de l’ennemi’, beaucoup ont souffert de traumatisme et de dépression, comme l’a montré une étude scientifique de 2013. 70 ans après la fin du régime nazi, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir connaître leurs origines, avant qu’il ne soit trop tard.

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