Un questions-réponses réalisé avec Régis Genté, en direct de Tbilissi, en Géorgie

Hôtel à Tbilisi, en Géorgie
Hôtel à Tbilisi, en Géorgie © tomaradze

En Géorgie, le Président Mikheïl Saakachvili veut fonder une nouvelle ville de 500.000 habitants. Elle s’appellera Lazica et elle est censée devenir, dans 15 ans, la deuxième cité du pays, après la capitale, Tbilissi.

Pour quelle raison le Président Saakachvili sort-il de son chapeau ce curieux projet ?

Il est vrai que nous ne l'avons pas vu venir en Géorgie. En même temps, si l'on scrute les faits et gestes du Président Saakachvili depuis son accession au pouvoir, avec la très pro-occidentale Révolution des Roses de novembre 2003, on y voit plus clair. Surtout si l'on se penche sur le nom de la ville future, « Lazica », inspiré de très anciens royaumes géorgiens qui incluaient à la fois l'ouest de la Géorgie actuelle et l'Abkhazie, province qui a fait sécession en 1993, dans une guerre fratricide, au lendemain de la chute de l'URSS, avec l'aide de Moscou notamment.

Le Président Saakashvili a toujours dit que le but de sa vie est de réintégrer l'Abkhazie, ses doux rivages est ses palmiers.

Lazica se trouve aux portes de l'Abkhazie qui, a l'époque de l'URSS, était la rivera préférée de bien des citoyens soviétiques. Le projet est donc très politique : il s'agit de reconquérir l'Abkhazie.

Et comment compte-t-il s’y prendre ?

Par le succès économique. Le président géorgien a présenté le projet comme celui de la création d'un centre économique leader dans tout l'ouest de la Géorgie.

L'idée est de rendre la Géorgie, l'Etat géorgien, aussi attrayant que possible, pour que les Abkhazes finissent par penser que leur indépendance est une erreur et qu'il vaut mieux réintégrer le giron constitutionnel géorgien.

Le jour où Mikheïl Saakachvili a annoncé la fondation de Lazica, il a dit que la nouvelle ville sera, je cite, "une base pour regagner le territoire de l'Abkhazie."

Il prétend que déjà des investisseurs importants se sont montrés intéressés pour construire cette ville qui pourrait coûter plus de 500 millions d'euros.

Mais n’est-ce pas seulement un coup de communication du Président ?

Regagner l'Abkhazie est une obsession, chez Mikheïl Saakachvili. Toute sa politique ou presque peut se lire à l'aune de cette ambition. Il y a fort à parier qu'il y mettra tous les moyens. Depuis la guerre russo-géorgienne de 2008 et la reconnaissance de l'Abkhazie par la Russie, les options militaires et diplomatiques semblent fermées.

Reste donc la séduction par l'économie, ce que beaucoup lui conseillaient avant 2008. Lui avait préféré montrer les muscles, en se dotant d'un énorme budget militaire.

Certains pensent aujourd'hui, en Géorgie, que le Président Saakachvili veut entretenir l'espoir de regagner ce paradis perdu des Géorgiens, parce que sa politique a échoué et que l'Abkhazie semble définitivement perdue.

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