Un reportage de Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

Un passeur : « Ce que nous faisons est très dangereux ! Si les Nord-Coréens qui travaillent pour nous sont démasqués, ils seront envoyés en prison. Et côté chinois aussi, c’est interdit ! J’ai déjà été capturé deux fois par la police chinoise »

Drapeau Corée du Nord
Drapeau Corée du Nord © erjkprunczyk

Ce passeur, intermédiaire clandestin, aide ses clients sud-coréens à reprendre contact avec leurs familles qui vivent en Corée du Nord. La péninsule coréenne est en effet déchirée depuis 1945 entre un Nord stalinien et un Sud capitaliste et entre les habitants, de part et d’autre de la frontière, tout contact direct, même par téléphone ou par lettre, est interdit. La mort du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il en décembre dernier n’a pas ouvert la moindre brèche. Nous sommes dans un petit bureau discret du centre de Séoul. C’est ici qu’opèrent deux passeurs qui tiennent à rester anonymes, car l’un d’entre eux travaille avec des membres de sa propre famille, qui vit toujours en Corée du Nord. Pour communiquer, ils passent par la Chine : ils échangent des lettres par dessus la rivière Yalou, qui délimite la frontière sino-nord-coréenne.

Un passeur : « Regardez cette lettre qui vient du Nord ! Elle a été écrite il y a deux jours. Comment on fait ça ? Et bien, mon contact en Corée du Nord lance la lettre par-dessus la rivière Yalou. Elle est récupérée côté chinois, puis scannée, et envoyée ici par e-mail. Ca ne prend que deux jours ! »

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Ces activités sont dangereuses et sont réprimées de façon féroce par les polices chinoises et nord-coréennes. Pour retrouver les familles de leurs clients sud-coréens, ces passeurs transmettent à leurs contacts au Nord des informations personnelles qui leurs permettront de mener discrètement leur enquête. Ils affirment retrouver les familles de 80% de leurs clients. Monsieur Kim est l’un d’entre eux.

Monsieur Kim : « Une partie de ma famille est venue en Corée du Sud en 1945. Mais une autre partie vit toujours au Nord. Je veux aider ma sœur, même si cela fait très longtemps qu’on a plus de nouvelles. C’est pourquoi je suis là : je veux savoir si elle est toujours vivante. »

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Plusieurs centaines de milliers de Sud-Coréens ont toujours de la famille au Nord. Sur les 80 000 qui ont transmis à leur gouvernement une demande officielle de rencontre, 40 % ont plus de 80 ans. Oh Choong-guk, directeur au ministère de la Réunification à Séoul, avoue son impuissance.

Oh Choong-Suk : « Nous demandons à la Corée du Nord d’autoriser les membres de ces familles séparées à se rencontrer, à échanger des lettres, ou encore à se rendre dans leur ville natale. Nous multiplions les suggestions… mais la Corée du Nord refuse tout. C’est pourquoi nous faisons désormais appel à ces intermédiaires privés. Eux peuvent aider les familles à entrer en contact. Pour cette raison, nous finançons leurs activités. »

La semaine dernière, Séoul a de nouveau demandé à Pyongyang d’organiser des rencontres de familles séparées. Mais le régime n’a pas répondu.

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