Un reportage de Léa-Lisa Westerhoff, à Rabat, au Maroc

Road to Kabul (affiche)
Road to Kabul (affiche) © Road to Kabul

« Road to Kabul » est le plus gros succès du cinéma marocain des dix dernières années, avec 340 000 entrées depuis le mois d’avril, un record dans un pays où le cinéma marocain a encore du mal à faire venir les gens dans les salles.

L’histoire de quatre jeunes chômeurs qui veulent émigrer clandestinement aux Pays-Bas, mais finissent par arriver en… Afghanistan !

Une histoire d’émigration ratée version comique et ça marche.

A l’écran, une mère de famille bien portante, djellaba et foulard sur la tête, qui n’en finit pas de crier pour tenter de réveiller son fils, trentenaire, chômeur et visiblement peu pressé de se lever.

Les rires fusent, le décor est planté : nous sommes à Casablanca, dans une situation absolument typique. C’est le point de départ qu’a choisi le réalisateur Brahim Chkili pour démarrer son histoire.

Brahim Chkili : « Il faut partir d’un truc qui existe. Moi j’aime bien le principe d’Hitchcock : une personne ordinaire, dans une situation extraordinaire. Ici, c’est une personne jeune, (la moyenne d’âge du Maroc est de 25 ans), instruit mais au chômage depuis des années, qui galère pour manger, qi galère pour vivre, qui n’a aucun loisir si ce n’est le cybercafé. Voilà la situation ordinaire au Maroc. Et dans une situation extraordinaire va consister à le jeter dans l’environnement le plus improbable dans lequel il puisse être, comme l’Afghanistan en plein milieu de la guerre. »

Voilà donc où le jeune réalisateur s’amuse à envoyer ses quatre héros, des loseurs qui, après une arnaque à l’émigration clandestine, se retrouvent en plein désert afghan à la recherche de l’un de leurs copains.

Attrapés par les Américains, nos anti-héros sont accusés d’être des terroristes. Les talibans, eux, les accusent d’être des espions des Américains. Bref, les fils sont gros, mais ça marche : le public n’arrête pas de rire.

Un comique proche du burlesque mais qui, selon Brahim Chkili, donne aussi pour la première fois un rôle de héros à des Marocains.

Des héros qui tentent avant tout de s’en sortir dans cette guerre qui n’est pas la leur et qui réalisent que le Maroc, finalement, ce n’était pas si mal. Une conclusion heureuse et qui plaît ; cette mère de famille est venue avec son fils elle est ravie.

Au Maroc, le succès est incontestable : le film, après plus de huit mois, est toujours en salles. Désormais, Brahim Chkili rêve de séduire les distributeurs et d’exporter à l’étranger ses quatre héros marocains, losers un jour vainqueurs toujours !

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