Un reportage de Philippe Reltien, correspondant permanent de France Inter à Pékin, en Chine

Grégory : « La philosophie, c’est comment faire plus d’argent sans en dépenser trop. Et même si on atteint des loyers de plus de 7000 à 8000 euros, on se dit qu’on va essayer de le louer le plus cher possible et que ça coûte le moins cher possible. Il suffit de trouver le bon poisson ! »

Démolition Chine
Démolition Chine © Mélissa Longpré

Gré gory loue des bouts de terrain à Pékin, en Chine. Un vrai business, au moment où la ville se prépare à demander à l'Unesco le classement au patrimoine mondial de 7,5 kilomètres d'avenues et de vieux quartiers, sur lesquelles figurent le mausolée de Mao, la place Tian An Men et la cité interdite.

Le plan de rénovation urbaine doit être voté l'année prochaine, mais les travaux, considérables, ont déjà commencé. Conséquence directe : de nombreux quartiers ont été rasés ces derniers mois, et des milliers de Chinois, expropriés.

Parmi eux, l'écrivain Yan Lianke.

Pour construire loger en ville 400 millions de Chinois supplémentaires d’ici à 2030, il faut raser et reconstruire une surface équivalente à 10 fois la ville de New York. Les démolisseurs s’en donnent à cœur joie dans un bruit de chantiers et de révoltes écrasées, de la dynamite sociale.

Un livreur s’est fait sauter au mois de mai en plein bureau des démolitions, près de Kunming.

A Pékin, les maisons des historiens et des grands écrivains sont rasées pour faire place au métro.

Yan Lianke est en train d’écrire La fissure de la Chine . Avant que sa maison ne soit démolie, il a envoyé une lettre ouverte au Président Hu et au Premier ministre Wen. Voilà comment elle commence : « Cher secrétaire du Parti, cher Premier ministre, je suis un romancier ordinaire, un professeur d’université. Je me suis décidé à vous raconter la démolition forcée et que j’ai vécue et expérimentée par moi-même »

Pas de réponse. Sa femme et ses voisins sont allés manifester place Tiananmen. Leurs maisons ont été vandalisées, avant d’être rasées.

Yan Lianke : « Les démolisseurs entraient chez les gens sans permission pour perquisitionner et voler. Ils sont entrés chez moi deux fois. Ils ont pris des rideaux et des meubles. La première fois qu’ils sont rentrés chez moi, j’ai eu peur. Je crois qu’ils l’ont fait pour m’intimider. Et bien sûr, il y a eu des bagarres et le sang a coulé »

Au Nord de la Cité interdite, c’est la frénésie du pétassage avec tout ce qui a un air traditionnel, avant que le quartier soit classé par l’Unesco. Au sud de Pékin, à Xiaocun, on exproprie. Place au métro. Yong vend des billets de loterie devant un tas de gravats : son ancienne maison.

Yong : « J’avais une belle maison et là, je suis vends des billets de loto pour vivre »

La voisine se fait rajouter un troisième étage pour transformer centre quatre vingt mètres carrés en dix pièces à louer de dix mètres carrés avec WC extérieurs.

Une voisine : « Ici, les terrains valent beaucoup d’argent. Là où on nous reloge, cela ne vaut rien du tout ! Les officiels prennent nos maisons ici et construisent des maisons qui valent très cher, ils s’en mettent plein les poches ! Il y a déjà 80% des gens qui sont partis. En théorie, si on détruit ici, on doit nous reloger au même endroit. Maintenant, cette règle ne s’applique plus. On nous reloge… au petit bonheur la chance ! »

Comment retarder l’avancée des bulldozers sur les vieux HooTong de Pékin ? Refuser de négocier les compensations avant la démolition est suggéré. Sur les maisons condamnées des vielles ruelles sur lesquelles est inscrit le mot « Chai », (démolir), on badigeonne maintenant le mot « Yuan » (injustice).

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