Un questions-réponses réalisé avec Julie Vandal à Kano, au Nigeria

Nigeriannes
Nigeriannes © jean-pierre jeannin

Depuis plus d’un an, les attentats se multiplient dans le Nord du pays, perpétrés par la secte islamiste Boko Haram. A Kano, la mégalopole du Nord Nigeria, la police religieuse joue désormais les entremetteuses : une initiative inédite.

Effectivement. Rappelons d’abord que dans douze états du Nord Nigeria, la sharia prévaut depuis 2000. Il s’agit d’une sharia essentiellement politique, mais qui s’accompagne d’une police religieuse. Les « Hisbah » sont chargés de vérifier la bonne application de la loi islamique.

Il y a quinze jours, ils ont commencé à unir des veuves et des divorcés. Les annonces ont été diffusées à la radio. Les noces se déroulent dans la mosquée de l’Emir de Kano, la plus haute autorité religieuse de la ville. Elles attirent beaucoup de candidats, mais aussi quelques curieux venus voir ces mariages groupés.

  • Quel est le but de ces mariages arrangés par la police religieuse ?

Il s’agit de remédier aux nombreux divorce dans l’Etat de Kano, d’offrir une deuxième vie aux veuves, mais aussi de pourvoir à une certaine sécurité sociale et financière dans les couples. La police religieuse paye l’équivalent de 50 euros de dote pour les époux et offre le nécessaire de cuisine aux femmes, ainsi que 80 euros environ pour leur permettre de démarrer une petite activité de couture ou de cuisine.

A noter cependant : toutes les femmes qui se marient le font sur la base du volontariat. Les hommes et les femmes ont d’ailleurs pu se rencontrer au préalable. Et ce sont les femmes qui, au final, ont eu à choisir leur futur époux. D’heureux élus qui, selon le programme, ne pourront pas divorcer sans la permission des Hisbah.

- Qu’est ce qui pousse ces femmes nigérianes à participer à ces mariages organisés ?

Il y a d’abord l’image sociale. Etre divorcé, dans le Nord du Nigeria, ce n’est pas facile à assumer, pour les hommes comme pour les femmes d’ailleurs. Sauf que les femmes, elles, ne l’ont généralement pas choisi. Dans cette partie du pays à dominante musulmane on peut épouser jusqu’à quatre femmes.

Malgré tout, certaines, sur tel ou tel prétexte, veulent demander le divorce car monsieur convole en de nouvelles noces, souvent avec une plus jeune.

Au-delà de cette question, il y a l’aspect financier : être une femme seule avec enfant, ce n’est pas une situation des plus enviables. D’autant que les femmes sont souvent peu qualifiées et sans emploi, donc extrêmement dépendantes des revenus de leur époux pour subvenir à leurs besoins -avec le risque que l’instabilité et la pauvreté poussent les enfants vers la mendicité ou l'extrémisme religieux.

C’est en tous cas l’un des arguments avancés par les Hisbah pour justifier ces mariages groupés, à l’heure où la secte islamiste Boko Haram n’a pas de difficulté à recruter des kamikazes. Le programme concerne environ un millier de femmes, mais il est fort possible qu’il y ait bien plus de candidates !

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