Un reportage de Bineta Diagne, à Dakar, au Sénégal

Xuman : «On essaie de faire une information décalée : on dit ce qu’on pense en essayant d’être ironiques. C’est juste un truc différent de ce que l’on entend à la radio. Donc nous essayons de faire un truc hip hop, un truc street »

Capture écran Journal rapé S2TV
Capture écran Journal rapé S2TV © Radio France

Au Sénégal, les téléspectateurs peuvent voir, depuis fin avril, sur une chaine privée, un journal télévisé version « rap », présenté par deux stars locales du hip hop.

Avec un ton pour le moins décalé, ces rappeurs abordent l’actualité politique, sociale, et internationale.

C’est un plateau télé moderne, épuré. Le rappeur Xuman s’installe devant la camera, vêtu d’un costume sombre, d’un nœud papillon. L’artiste affiche un air sérieux, arrange ses fiches et évoque les menaces brandies par la Corée du Nord.

Xuman : « International : King Jong Un défie Obama. Le dernier qui avait osé le faire, c’était Ossama (Ben laden). Comme son père, c’est un grand fan d’Hitler : en plus jeune, en plus stupide, mais avec l’arme nucléaire ».

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Ce journal télévisé a été créé début avril par Xuman et Keyti, deux artistes, qui étaient au cœur de la contestation contre l’ancien président Abdoulaye Wade lors de la dernière élection présidentielle. Leur but est d’éveiller l’esprit critique des Sénégalais.

Xuman : « Les cibles sont d’abord les jeunes qui écoutent du hip hop, qui sont connectés, qui écoutent des sons. C’est surtout ceux-là, la cible, parce qu’on a l’impression qu’ils ne savent pas ce qui se passe dans le pays ».

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Face au petit écran, les deux artistes présentent une version différente de l’information, qui reprend sur un ton humoristique des faits divers, des événements politiques et internationaux importants.

Ce sont les artistes eux-mêmes qui choisissent les thèmes traités à l’antenne, connectés en permanence sur leurs smartphones. Les deux rappeurs sélectionnent également sur internet les images et les extraits d’interview qui doivent illustrer leur journal, comme l’explique l’artiste Keyti

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Keyti :«Quand on choisit les sujets, on essaie d’avoir un bon mélange : parler de choses graves, importantes, mais aussi de choses très légères. On sait qu’on n’est pas journalistes donc cela nous donne beaucoup de liberté. Par exemple, sur la bande d’information (qui défile au bas de l’écran) il y a de vraies et de fausses nouvelles, toujours dans l’esprit de garder ce côté humoristique ».

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Les artistes enregistrent ce journal de quatre minutes dans un studio au cœur de la banlieue dakaroise.

Dans une ambiance bon enfant, les rappeurs lisent les nouvelles comme les titres d’un album. Keyti aimerait pourtant briser l’image du rappeur sérieux.

Keyti: « Notre seul impératif est de ne pas nous prendre la tête. En tant qu’artiste, j’ai commence avec Rapadio qui était assez hardcore, donc j’ai cette image assez sérieuse du rap sénégalais, du mec posé… Et j’ai envie d’écorcher cette image, de venir avec autre chose, de montrer qu’en étant rappeur, on peut- être marrant, qu’on peut parler de choses sérieuses tout en faisant rire les gens. Cela permet de dédramatiser les choses ».

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Dédramatiser l’information : ce principe a séduit la chaîne privée 2STV, qui diffuse ce journal aux grandes heures d’écoute. Jean-Louis Kahoury, est le responsable des programmes de la chaîne.

Jean-Louis Kahoury: «Quand on me l’a proposé, j’ai sauté sur l’occasion parce que j’ai trouvé cela très original. On n’avait jamais fait ca auparavant, donc on essaie d’expérimenter cela sur notre chaine pour voir ce que cela va donner ».

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Ce journal décalé est diffusé une fois par semaine. Tous les vendredis, les deux artistes ont donc l’occasion de donner leur vision de l’actualité politique et sociale de leur pays.

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