Un questions-réponses réalisé avec Olivier Bonamici, en direct de Lisbonne, au Portugal

Emission de télévision portugaise
Emission de télévision portugaise © Thruhike98 /

Le Portugal est l'un des pays européens qui subit de plein fouet la crise économique... Et le gouvernement a donc annoncé plusieurs mesures pour réduire les dépenses de l'Etat, dont une mesure symbolique : la fin de la rémunération de personnalités politiques qui exerçaient leur talent dans les médias. Cette rétribution, qui peut nous sembler choquante en France, est-elle une spécificité portugaise ?

Oui, je crois. Parce qu'ailleurs, les commentateurs politiques sont, en général, des journalistes. Au Portugal, c'est différent : ce sont les hommes politiques qui assument ce rôle et ils sont payés pour le faire. Quand ils sont les invités d'une matinale, ils ne sont pas rémunérés. En revanche quand ils participent régulièrement à une émission de débat, oui, ils sont payés. Et beaucoup de députés, ou encore des élus locaux, sont dans ce cas de figure. Selon la presse portugaise, une cinquantaine de personnalités politiques recevrait ainsi de 100 à 600 euros par programme sur les chaînes de télévision publique, mais aussi à la radio. Certains gagnent même beaucoup plus, quand ils ont leur propre programme. Face à eux, un seul journaliste qui les fait réagir chaque semaine sur l'actualité politique et pas seulement : sur la

victoire du Portugal en football, ou sur un album de fado.

-Donc, cette spécificité portugaise devrait prendre fin à cause de la crise ?

Désormais, sur le service public, les hommes politiques pourront toujours intervenir régulièrement, mais gratuitement. Ce qui, pour certains, peut poser un problème. Car s'ils décident d’arrêter leur collaboration, l'opinion publique pourrait croire qu'ils ne faisaient cela que pour l'argent !

- Les Portugais n'ont jamais été choqués par cette pratique ?

A l'heure actuelle, à cause de tous les sacrifices qui leur sont demandés, les Portugais ne laissent rien passer. Lorsqu’ils ont su que l'argent public servait à payer des hommes politiques pour certains en activité, ils ont crié au scandale. Mais sur le fond, non, ils ne sont pas choqués. La preuve, cette pratique perdure sur les chaînes privées. La grande star de l’information, au Portugal, n'est pas journaliste. C'est un homme politique : Marcelo Rebelo de Sousa. Tous les dimanches soir, sur la TVI, cet ancien président des Sociaux-démocrates, membre du Conseil Constitutionnel, distribue ses bons et ses mauvais points, pendant une demi-heure. Il est très bien rémunéré et personne ne s'en offusque. __

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