Un reportage de Mouhssine Ennaimi dans la Bande de Gaza

Un professeur : « Dans cette école il y a 474 collégiens. Près de 140 d'entre eux ont souhaité s'inscrire en classe d'hébreu. Mais par manque de place nous n'avons ouvert qu'une seule classe, composée d'une trentaine d'élèves environ. »

Un professeur arabe enseigne l'hébreu dans une école de Gaza
Un professeur arabe enseigne l'hébreu dans une école de Gaza © Mouhssine Ennaimi

L’homme que vous venez d’entendre est directeur d’un collège la Bande de Gaza qui, depuis la rentrée scolaire, dispense des cours d'hébreu.

Dès la troisième, des élèves peuvent choisir d'apprendre la langue du voisin, la langue de l'ennemi. Les cours ont lieux trois fois par semaine et sont délivrés par des professeurs qui ont travaillé en Israël ou qui en maitrisent la langue.

Pour le Hamas, cela fait partie de la résistance que d'apprendre la langue des Israéliens.

7h30 : les élèves gazaouis entrent en classe. Et au lieu d’un traditionnel « salam aleikoum », le professeur salue ses élèves en hébreu. __

Depuis le mois d’octobre, pour la première fois à Gaza, les collégiens en classe de 3ème peuvent choisir l’hébreu comme seconde langue. Parmi eux, Sharif, 14 ans déjà à l’aise après seulement quelques semaines de cours.

Sharif : «C'est facile l'hébreu! Ca ressemble beaucoup à l'arabe, Il y a plein de mots en commun, pleins de lettres qui se ressemblent. Je le comprends bien maintenant. Nous sommes un peuple occupé, et c'est très important d'apprendre la langue des Israéliens. C'est pour ça que j'ai choisi d'apprendre l'hébreu. Pour savoir s'ils se moquent de nous, s'ils nous menacent ou tout simplement comprendre ce qu'ils disent de nous. »

Nadine, 13 ans, inscrite dans un collège pour filles, a également choisi d’apprendre l’hébreu. La maitrise de cette langue est un sérieux atout si, à l’avenir, elle devait interagir avec des Israéliens.

Nadine : «S'ils nous entendent parler couramment leur langue les fera réfléchir... D'habitude les Israéliens nous méprisent parcequ'ils savent que les Palestiniens ne parlent pas l'hébreu. Ils se sentent supérieurs car les conversations ont lieu dans leur langue! Mais si nous maitrisons leur langage, ils nous respecterons et ils ne nous considérerons plus comme des êtres inférieurs ».

Depuis que la guerre éclair lancée par Israël sur la bande de Gaza est terminée, l’enclave palestinienne se remet des dégâts. Les écoles rouvrent, les programmes scolaires reprennent, y compris ces classes d’hébreu. Elles ont toujours le même objectif : mieux comprendre le voisin ennemi.

Ghazi Ahmed, un des porte parole du Hamas : « Je pense que si les gens peuvent comprendre l'hébreu, ils peuvent comprendre les média israéliens, ils peuvent lire les journaux... Et donc ils suivront de près ce qui se passe en Israël à propos de la situation politique, des élections, de la société, des colonies et de la culture israélienne. Il y a un proverbe arabe qui dit « si tu veux battre ton ennemi il faut que tu comprennes sa langue ». Cela fait partie de notre résistance contre l'Occupation ».

Ces cours de langues dispensés dans la Bande de Gaza remportent un énorme succès auprès des jeunes étudiants. En moyenne, seul 1 élève sur 5 peut y participer. D’après le ministère de l’Education, ils ne sont qu’un millier de collégiens, répartis sur une quinzaine d’écoles sur toute la Bande de Gaza, à pouvoir apprendre l’hébreu. Face à la demande, le gouvernement prévoit donc d’ouvrir de nouvelles classes à la rentrée prochaine.

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