Un reportage de Pascale Guéricolas, à Québec, au Canada

Annie :__ « En Afghanistan, la menace est sournoise : tout le temps là, mais pas vraiment là en même temps. Quand ils reviennent ici puis que l’adrénaline descend, c’est là qu’ils peuvent être plus fragiles »

Épouse de militaire depuis 20 ans, Annie connaît bien les difficultés vécues par les militaires canadiens en mission à l’étranger. Elle décompresse parfois en compagnie de ses enfants et d’autres conjointes de militaires dans le Centre famille près de la base militaire de Québec.

On estime que 15% ou plus de soldats de retour de mission souffrent d’une blessure de stress post-traumatique. Récemment, le gouvernement canadien a augmenté les fonds en santé mentale aider ceux qui souffrent de ces blessures psychologiques, car elles peuvent ravager la vie de ces soldats jusqu’à la fin de leurs jours si elles ne sont pas soignées.

À son retour d’Afghanistan en 2008, Gyslain Morin se sentait agressif, irritable, sans cesse en colère, incapable de travailler. À bout de souffle, il a demandé un soutien psychologique.

Gyslain Morin : « Quand je suis allé là, j’étais tellement démoli que cela aurait été une dinde assise devant moi, j’aurais parlé pareil… J’aurais fait n’importe quoi, je voulais juste redevenir comme j’étais »

Avec l’aide de sa psychologue, Ghyslain Morin a cerné la cause de son traumatisme. Il se sentait coupable de la mort d’un jeune soldat de son unité, dont le camion avait sauté sur une mine en revenant vers la base militaire de Kandahar. Car c’est lui qui avait décidé de ce déplacement.

Gyslain Morin : « Pour ma psychologue, cela a été facile de me faire changer ma façon dont je pensais. Elle m’a juste dit :’ c’était quoi ton intention quand tu as pris cette décision-là ?’ C’était de prendre une pause avec mes gars, de prendre du bon temps avec eux autres dans un endroit sécuritaire, de pouvoir relaxer’. Elle a dit : ‘avais-tu un impact sur ce qu’il pouvait se passer sur le chemin ?’ ‘Non’. Pourquoi, alors c’était ta faute ? Pour elle, c’était simple de me dire ça, mais moi, cela m’a pris deux ans à l’intégrer »

Depuis quelques années, l’armée canadienne se préoccupe davantage des blessures invisibles que ses soldats récoltent en mission. Avant leur départ, les militaires reçoivent une formation pour identifier les symptômes du stress post-traumatique. Au retour, quelques-uns doivent apprendre à vivre avec une blessure à l’âme. Le psychiatre Édouard Auger en traite plusieurs.

Édouard Auger : « Souvent, les gens vont dire :’j’aurais dû faire quelque chose, j’aurais pu faire quelque chose’ quand dans le fond, ils ne le pouvaient pas. Soit les ordres étaient contre, soit pour d’autres raisons ils étaient incapables d’intervenir. Donc souvent de les remettre là-dedans et de comprendre ce qu’ils ont vécu c’est pas forcément de leur faute, souvent cela va les aider à s’apaiser et à s’habituer un petit peu à ce souvenir-là »

La psychothérapie n’est qu’un des outils à la disposition de ces soldats blessés. Les médicaments, et surtout le soutien familial et social, jouent un rôle primordial pour leur permettre de reprendre leur existence et souvent, les aider aussi à se sortir des dépendances de l’alcool et de la drogue.

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