Un reportage de Delphine Sureau, à Shanghai, en Chine

Pu Jiaqing, directeur de l’association « Sida prévention » à Shanghai :

Si ce projet de loi est adopté, les gens vont penser que les séropositifs peuvent vraiment transmettre le Sida en se rendant dans les bains publics. Ça va faire peur, et aggraver l’incompréhension et la discrimination.

Piscine Chine
Piscine Chine © Radio France

Pu Jiaqing est le directeur de l’association « Sida prévention » de Shanghai. Il dénonce une mesure à laquelle les autorités chinoises sont en train de réfléchir. Il s’agirait d’interdire aux séropositifs l’accès aux bains publics et aux spas.

Une grande consultation a été lancée dans le pays jusqu’au 11 novembre, pour savoir si cette idée est pertinente ou non. Une idée contre laquelle s’insurgent les associations de défense des malades du Sida et l’Onusida. Et ce, même si toute une partie de la société chinoise affirme qu’elle se sentirait rassurée par cette interdiction.

C’est un endroit qui ne désemplit pas : les bains Newstar, ouverts 24h sur 24, 7 jours sur 7. On vient s’y baigner, bien sûr, mais aussi profiter des massages, du sauna, et des salles de cinéma. Un temple de la détente, où l’on pourra peut-être bientôt lire à l’entrée : « interdit aux porteurs du VIH, et autres maladies sexuellement transmissibles ».

Ce projet de loi émane du Ministère du Commerce, qui cherche ainsi à blanchir la réputation sulfureuse des bains publics et des spas. Sur place, en tous cas, la mesure divise les clients :

Une cliente :

Moi, je pense que c’est une bonne idée, pour limiter la transmission du Sida. Dans les bains, avec l’eau, on enlève ses vêtements, c’est plus risqué.

Un client :

On sait bien que l’eau n’est pas un facteur de transmission du Sida, donc limiter l’entrée des séropositifs dans les bains publics ? Je pense que ce n’est pas nécessaire.

Voilà le débat qui agite la Chine, jusque dans les médias d’Etat. Le gouvernement s’est donné un mois pour consulter les citoyens qui peuvent réagir par courrier ou par email.

Les experts de la santé, eux, ont rapidement dénoncé une mesure inutile : au contact de l’eau, on ne peut pas devenir séropositif. Et puis, comment reconnaître un porteur du VIH ?

L’Onusida, selon qui la Chine compte 780.000 séropositifs, demande aux autorités de renoncer à cette discrimination. Une de plus, commentent avec inquiétude les associations de lutte contre le Sida. Pu Jiaqing est le directeur de Sida Prévention à Shanghai :

Ce qui nous inquiète, c’est que le public est déjà très mal informé sur le Sida. On craint donc que ce genre de mesure entraîne une plus grande peur de la maladie. En Chine, les gens connaissent peu les modes de transmission. Et ils pensent que le Sida ne les concerne pas. Et puisque le Sida se transmet par le sexe, on considère que c’est une maladie immorale.

L’attitude des autorités s’est pourtant améliorée. En 2010, l’interdiction d’entrer en Chine pour les étrangers séropositifs a été levée. Les traitements antirétroviraux sont désormais gratuits.

Mais les actions de prévention restent rares et les infections sont en hausse, notamment chez les étudiants. Il y a aussi – toujours - les discriminations du quotidien, racontées parPu Jiaqing :

Quand on découvre qu’un employé est séropositif, et que les autres salariés refusent tout contact, le patron peut privilégier l’intérêt collectif face à celui du malade, et lui demander de quitter son travail.

Finalement, le seul jour où l’on parle ouvertement du VIH en Chine, c’est le 1er décembre lors de la journée mondiale de lutte contre le Sida. Cette année, il y aura aussi le 11 novembre, qui marque la fin de cette consultation, et la mise en place ou non de l’interdiction des séropositifs dans les bains publics.

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