Un questions-réponses réalisé avec Lucile Gimberg, en direct de Santiago, au Chili

Etudiants au Chili
Etudiants au Chili © @belleandrafa

Au Chili, les étudiants et élèves du secondaire sont mobilisés depuis près de 5 mois. Ils réclament une éducation publique, gratuite et de qualité. Soutenus par les professeurs, des syndicats et de nombreux citoyens, le mouvement a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues. Il s'agit de la vague de protestation la plus importante depuis la fin de la dictature, il y a 21 ans. Les étudiants exigent des changements profonds dans le système éducatif au Chili. Pour quelles raisons ?

Très largement privatisé, le système éducatif chilien est parmi les plus chers et les plus inégalitaires du monde. C’est dans les années 80 que le dictateur Augusto Pinochet ouvre l’école et l’Université au privé. Il réduit aussi drastiquement le budget de l’Etat pour l’éducation. Résultat aujourd’hui : au collège comme au lycée, seuls les plus riches élèves peuvent se payer un enseignement de qualité dans des institutions privées. Les autres, surtout les plus pauvres, doivent se contenter d’établissements semi-publics ou publics, connus pour leur manque de moyens et leur mauvais niveau. A l’Université, la ségrégation économique est encore plus forte. Si 40% des bacheliers chiliens poursuivent des études supérieures, beaucoup ne peuvent pas les finir, faute de moyens. Et tous, ou presque, doivent s’endetter pour étudier. En moyenne, on calcule qu’un étudiant chilien arrive sur le marché du travail endetté à hauteur de 30.000 euros. Le prix d’une maison au Chili !

- Pour certaines universités, « éduquer » est synonyme de « faire du profit »

Oui, et c’est justement un élément central des revendications des étudiants. Pour eux, l’éducation est un droit fondamental qui doit être garanti par l’Etat, et pas un bien de consommation. Ils demandent donc un renforcement du public, une démocratisation de l’école et des garanties pour une éducation de qualité.

- Après ces 5 mois de mobilisation consacrés à occuper les établissements, faire des grèves de la faim et manifester, ont-ils finalement obtenu gain de cause ?

Début juillet, le gouvernement de droite de Sebastian Pinera a annoncé un fonds de 4 milliards de dollars pour améliorer l’accès et la qualité du financement des études supérieures, c’est-à-dire pour fournir plus de bourses et des taux d’intérêt réduits pour les prêts universitaires. Insatisfaits, les étudiants n’ont pas cédé. Ils exigent un vrai changement de modèle et ont donc continué à manifester. Fin août, le président les a invités à dialoguer directement avec lui. Ayant obtenu des garanties comme la publicité des débats ou encore le gel des projets de lois sur l’éducation envoyés au Parlement, les étudiants ont accepté hier ce dialogue. Un groupe réunissant tous les acteurs de l’éducation devrait donc commencer à travailler aujourd’hui. Mais les étudiants restent mobilisés. De nouvelles manifestations sont prévues dans quelques heures dans plusieurs villes du Chili.

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