« Hier, au cours des demi-finales de cette compétition de body-building, j’ai remporté ma catégorie, celle des 85 kg. Et aujourd’hui, je vais tenter de décrocher à nouveau le titre de Mister Afghanistan. J’ai les yeux uniquement rivés sur ce titre, rien d’autre. Je me sens très confiant. »

Quelques minutes avant d’entrer dans l’arène surchauffée du principal gymnase de Kaboul, Sherzaï se concentre, tandis qu’un ami lui tapote la peau pour l’enduire de crème bronzante. Un ingrédient indispensable à ce spectacle des corps qu’est le body-building. Le titre suprême, celui de ‘monsieur muscles’ afghan, ce tenancier de salle de sport quadragénaire l’a déjà remporté trois fois par le passé. L’événement populaire annuel en est à sa dixième édition depuis la chute du régime taliban en Afghanistan. Sous leur domination jusqu’en 2001, ce type de compétitions étaient tout simplement interdites, car considérée comme contraires aux bonnes mœurs religieuses.

A Kaboul pour France Inter, le reportage du correspondant de RFI en Afghanistan, Joël Bronner.

bodybuiler afghan
bodybuiler afghan © Radio France / joel bronner

Au sein du public afghan surchauffé par le spectacle de muscles surabondants : que des hommes. Du temps des talibans, une telle exhibition de corps masculins luisants en mini-slip était impossible. Seule la musculature de la partie supérieure des corps pouvait à la rigueur être montrée, occasionnellement.

L’enthousiasme actuel paraît donc à la hauteur de l’interdit antérieur. Et celui qui, cette année, a remporté le plus de sifflets admiratifs c’est Mahmood, spécialement venu à Kaboul de sa province du nord-ouest afghan. Monsieur muscles 2015, c’est lui. S’il regrette de ne pas pouvoir participer, faute de moyens en Afghanistan, à la compétition asiatique et même mondiale, il est à présent tout à sa joie de cette première couronne.

« Je suis aux anges, je me suis imposé plus de six mois d’un régime strict, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour tenter de décrocher ce titre de Mr Afghanistan. Alors maintenant j’ai dû mal à retenir mes larmes, c’est absolument extraordinaire ce qui m’arrive. »

En marge du titre suprême, une dizaine de body-builders ont concouru hors catégorie, tous sont handicapés. C’est le cas de Sabar, 24 ans, qui a perdu ses deux jambes à l’âge de 3 ans à cause d’une mine. Le visage irradié de gentillesse, il raconte avec fierté :

« 48h avant la compétition, mon entraîneur est venu me trouver pour me dire que j’avais l’occasion de participer. Je me suis entraîné intensivement les deux jours et les deux nuits suivantes. Il m’a appris certaines figures à reproduire le jour J. Sur scène j’ai fait quelques petites erreurs, j’étais intimidé. Mais quand j’ai reçu ma médaille et mon certificat, j’étais super fier et je me suis dit que je venais de réaliser une grande chose. »

Culte du corps, fascination pour la virilité… Aussi dérisoire qu’une telle compétition puisse paraître dans un pays toujours rongé par la guerre, le body-building semble livrer, à sa manière, une clé de l’âme afghane. Une âme qui s’expose dans le spectacle de ces Narcisses aux parcours bien souvent chaotiques, mais au cœur toujours gonflé d’orgueil.

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