Un questions-réponses réalisé avec Solenn Honorine, en direct de Jakarta, sur l'île de Java, en Indonésie

Nourriture Indonésie
Nourriture Indonésie © Claire à Taiwan

C’est la période la plus agitée de l’année dans le plus grand pays musulman au monde, qui compte plus de 200 millions de fidèles. Pourquoi ? D’abord, soyons précis sur cette question de calendrier.

Il y a deux méthodes pour déterminer les dates du ramadan : l’une se base sur des calculs d’astronomie, l’autre sur l’observation directe de la lune. Et en Indonésie, il y a deux grosses organisations musulmanes, qui ont chacune plus d’une trentaine de millions de membres, et elles utilisent chacune une méthode différente. L’une a décrété que le dernier jour du jeûne c’était hier, et donc les gens peuvent célébrer ce que l’on appelle ici Idul Fitri aujourd’hui ; mais la deuxième grosse organisation estime, elle, que l’on doit encore jeûner aujourd’hui et que l’Eid sera demain. C’est un classique en Indonésie, et quasiment chaque année les Indonésiens sont divisés car la plupart des fidèles suivent l’une ou l’autre de ces deux organisations.

- Mais aujourd’hui, c’est quand même jour de fête pour tout le monde, non ?

Oui, bien sûr, aujourd’hui et demain sont fériés, un peu comme Noël en France ; personne ne travaille, tous les magasins sont fermés – même les distributeurs de billets généralement sont vides. Tous ceux qui le peuvent sont rentrés dans leur village d’origine pour l’occasion. Cela a causé une transhumance énorme – la deuxième plus grande migration annuelle au monde, après celle du Nouvel An Chinois. Entre vendredi et samedi, près de 20 millions de personnes ont pris le bateau, l’avion, le train ou la route, en bus, en voiture ou, généralement, en mobylette. Et comme on est dans un pays où les infrastructures sont de très mauvaise qualité, c’est vraiment un moment épique, avec des embouteillages phénoménaux : vous ne passez jamais la deuxième vitesse de votre voiture, et cela dure des heures, comme cette femme que j’ai rencontré récemment qui passait trois jours dans le bus, traversait trois fuseaux horaires et quatre îles, pour rejoindre sa famille pendant quelques jours.

- Cela signifie-t-il que Jakarta se vide d’une bonne partie de ses habitants ?

Un peu, oui ! Il n’y a presque pas de voitures dans les rues, donc moins de pollution et, pour une fois, on voit le ciel bleu et on entend le cui-cui des oiseaux, c’est formidable. Il n’y a qu’une catégorie de la population qui souffre, une fois n’est pas coutume : ce sont les riches qui se retrouvent d’un coup sans personnel de maison, puisque tout le monde est en vacances. Or, une famille aisée de Jakarta a, généralement, au moins une femme de ménage, un jardinier, une cuisinière, un garde, un chauffeur, une nounou pour chaque enfant. Et quand ils se retrouvent sans personne pour faire chauffer le riz ou changer la couche du petit dernier, c’est le drame. Donc cette semaine, on a des camps de réfugiés à Jakarta, ce sont les grands hôtels de la capitale, qui ont des packages spéciaux Idul Fitri pour accueillir ces pauvres familles riches qui n’ont personne pour faire leur lit !

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