Un reportage de Léa-Lisa Westerhoff , à Rabat, au Maroc __

Rabat - Maroc
Rabat - Maroc © radio-france

Saha Sano , auteure :

Tout le monde dit que c’est provocateur, mais 99% des Marocains parlent de sexe, que ce soit dans les rues, les cafés, le cinéma, partout. Donc pour une fois qu’on donne de la légitimité au sexe et qu’on leur offre un espace d’expression, là ça devient un tabou et un problème.

Au Maroc, la pièce « Dialy » suscite depuis plusieurs mois autant d’enthousiasme que de reproches. Pourquoi ? Parce qu’elle parle de sexualité féminine. La pièce n’a pourtant rien de grivois ou de vulgaire. L’idée, c’est plutôt d’éduquer et de parler de sexualité féminine sans tabou.

Sur scène, trois jeunes femmes armées d’un petit sceau. Elles miment le rituel du hammam. « Lave-le bien, frotte-le bien, rase-le bien », chantent-elles en parlant de leur sexe. Des mots entendus mille fois dans les bains publics, mais qui une fois portés sur une scène, font rire. Et c’est justement l’idée de cette pièce : oser parler du sexe et de la sexualité féminine sans tabou.

Saha Sano, auteure du texte :

Cette pièce retrace un peu l’histoire de la femme, de l’enfance à son âge adulte, et la non existence de la sexualité féminine au sein des foyers et au sein de l’éducation. Si la femme parle de son propre vagin ou de sa propre sexualité, soit elle se ramasse une gifle, soit ce seront des mots violents, jusqu’à ce que cela devienne tabou.

Ce tabou, pendant une heure, les trois comédiennes vont tâcher de le faire tomber. Et pour commencer la honte qui entoure le mot même de « vagin » en arabe : « taboune ». Un mot imprononçable au Maroc, car vulgaire et synonyme d’insulte.

Farida Bouazzaoui, l’une des comédiennes, témoigne :

J’étais un peu embarrassée mais on a essayé de le répéter plusieurs fois, comme ça on se libère de ce complexe, du mot « vagin ». Surtout en arabe, car en français, on le dit. Mais en arabe, ça nous touche dans notre culture, parce que la personne arabe a un problème avec son corps, on n’est pas libre avec son corps.

Pour écrire sa pièce l’auteur a consulté plus de 150 Marocaines pendant 7 mois. Plaisir féminin, mais aussi machisme et viol conjugal, des témoignages aussi bouleversants que quelques fois comiques comme cette parodie de la fête après la nuit de noce, où les femmes s’arrachent le drap tâché de sang.

Un acte militant, lourd de responsabilités.

Farida Bouazzaoui :

Beaucoup de gens disaient : pourquoi ce sujet ? Il y en a d’autres, la politique, la pauvreté… Mais moi, en tant que femme, ça me touche personnellement parce que la femme souffre vraiment au Maroc. Car elle n’a pas assez de liberté, elle n’est pas l’égale de l’homme dans tous les domaines.

Au final, une pièce pédagogique et ultra féministe, qui permet de lever le voile sur les préjugés et le poids du silence comme le confirme Aïcha , 65 ans, venue avec sa petite fille :

Je me suis mariée jeune, à 15 ans, et je ne savais pas ce qu’était un mari, j’avais très peur. Maintenant, on peut expliquer aux enfants ce que c’est que le mariage, etc. C’est une pièce qui est très bien.

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