Un reportage de Philippe Reltien, correspondant permanent de France Inter à Pékin, en Chine

Philippe Reltien/une pharmacienne :

« - Madame ça c’est des bonnes capsules ?

- C’est des bonnes, apparemment, les mauvaises, elles sont déjà sorties, c’est plus sûr »

Hôpital détruit
Hôpital détruit © Monster and Girls

La s emaine dernière, des policiers ont été placés dans les hôpitaux publics de Pékin suite à plusieurs agressions à l’arme blanche sur des médecins. En 2011, plus de 5.000 personnels de santé ont été blessés au cours d’altercation avec des malades.

Au même moment, on apprenait aussi que 13 médicaments couramment vendus contenaient une très forte teneur en chrome et devaient être retirés du marché de toute urgence. Une coïncidence de dysfonctionnements qui illustrent les nombreuses failles du système chinois de santé.

Ici, dans cette pharmacie, le client ne sait plus quels sont les médicaments propres ou impropres à la consommation pour soigner un simple rhume. Les gélules contiennent du chrome, annonce la télévision, alors on se rabat sur les pilules.

Un client chinois : « Ma belle-mère va subir une opération de l’estomac. Elle est paniquée parce qu’elle connaît l’information. Moi je lui déconseille de jeter les capsules, parce qu’on ne sait pas s’il y a des mauvaises pilules ! »

Certains prennent le médicament sans la gélule gastro-résistante, ce qui les envoie à l’hôpital où l’exaspération se transmet, des files d’attente aux salles de consultations. La police a ouvert des check-points dans 50 hôpitaux de Pékin à la suite d’actes criminels visant des médecins. La police dans les hôpitaux n’est pas la solution, estime Guillaume Zagury, médecin à l’hôpital privé Oasis.

Guillaume Zagury : « Il faut tirer notre chapeau aux médecins chinois ; ce sont des stakhanovistes puisqu’ils doivent avoir parfois jusqu’à plus de quarante à cinquante patients par jour. Mais il ne faudrait pas non plus tomber dans un excès. L’hôpital est avant tout un hôpital, un lieu de bien-être et de santé, plus qu’un lieu de sécurité. Il faut voir cela avec un petit peu de recul dans la mesure où c’est plus l’exaspération d’un patient qui a des droits et il faut les reconnaître, sans arriver non plus au stade de tuer des gens, c’est évident »

Le 23 mars, Li, 17 ans, tue l’interne Wang Hao, 28 ans, à l’hôpital universitaire de Harbin, avant de se poignarder. Il voulait être soigné tout de suite.

Le 13 avril, Lu Ku Fu, 51 ans, vise la carotide de l’othorino, à l’hôpital universitaire de Pékin, puis en ressort masqué pour aller poignarder le Docteur Wang dans un autre hôpital. Onze jours de cavale et Lu Ku Fu sera arrêté. Il risque 15 ans de prison, comme cet autre patient de 54 ans atteint d’un cancer à la gorge, qui avait donné 18 coups de couteaux à son chirurgien en septembre, l’accusant d’avoir raté son opération.

Il y aura 6 milliards de visite chez le médecin cette année et tout le système est à revoir, explique le Dr Zagury. A peine 20% des patients sont satisfaits du système qui les oblige à payer cash 30% des soins s’ils sont couverts.

Guillaume Zagury : « Tôt le matin, les gens arrivent en masse, tous les jours, surtout dans les hôpitaux pour enfant. En Chine, quand on va à l’hôpital, on y va en famille. Il y a 5-6 personnes qui accompagnent l’enfant, c’est l’enfant roi. Quand on va à l’hôpital, c’est au moins en général pour la journée. Le système est tel qu’on fait la queue tout le temps et on revient payer à chaque fois pour chaque acte, c’est très chronophage. Il y a peu de sages femmes ou d’infirmières et la queue est à tous les niveaux : pour prendre l’ascenseur, pour payer, pour toutes les procédures. La gestion de cette foule, elle se fait tant bien que mal, comme partout en Chine »

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Pour désengorger le secteur public, le plan quinquennal demande au privé de lui réserver 20% des lits en 2015, épousant une tendance qui conduit déjà les riches à accoucher dans les maternités internationales, où tous les lits sont réservés longtemps à l’avance.

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