Reportage de Sébastien Farcis, correspondant en Inde

Bindeshwar Pathak est le fondateur de l'association Sulabh :

Les autorités essaient d'économiser de l'argent, en construisant des écoles sans toilettes. Mais à cause de ce manque, les filles n'y vont plus, car elles se sentent mal à l'aise.

31 août 2014 - Une femme va aux toilettes à Katra, en Inde.
31 août 2014 - Une femme va aux toilettes à Katra, en Inde. © © Deepak Malik/Demotix/Corbis

Bindeshwar Pathak est le fondateur de Sulabh, une énorme association indienne qui est spécialisée dans l'installation de toilettes. Une mission essentielle, mais difficile : un Indien sur deux continue ses besoins dans la nature. Environ 600 millions de personnes n'ont en effet pas de toilettes dans leur foyer ou de WC public convenables et accessibles. Ce manque essentiel a des conséquences dramatiques dans de nombreux domaines : pour la santé, l'éducation, l'environnement et même la sécurité des femmes qui doivent se rendre dans les champs en pleine nuit.

Le Premier ministre, Narendra Modi, récemment élu a lancé en septembre un combat inédit face contre ce problème, avec un énorme plan appelé « L'Inde Propre ». L'un de ses objectifs est de financer la construction de toilettes dans une grande partie des foyers et écoles publiques du pays dans les 5 ans à venir.

Notre correspondant en Inde, Sébastien Farcis, s'est rendu dans un village qui a bénéficié de l'installation de toilettes ces dernières années. Le quotidien des habitants a radicalement changé.

Pendant des dizaines d'années, Gita Devi a dû marcher plus de 2 kilomètres, en pleine nuit, pour aller faire ses besoins à l'extérieur de son village. Cela l'obligeait à se retenir toute la journée, ce qui lui a causé des problèmes de santé

Gita Devi :

J'étais toujours malade. Je souffrais de graves constipations, et je devais aller chez le docteur tous les 10 jours. A présent, je n'y vais plus qu'une fois tous les 6 mois. Et je n'ai plus besoin de me lever en pleine nuit et de risquer de me faire attaquer.

Cette veuve de 50 ans a célébré l'arrivée de toilettes chez elle, il y a 3 ans. L'ONG Sulabh a ainsi équipé les 150 maisons de ce village, ce qui fait figure de modèle, et d'exception : dans ce district de l'Etat de l'Haryana, située à moins de 80 km de New Delhi, à peine un foyer sur quatre bénéficie de ce confort élémentaire. Mais cela ne s'est pas fait sans résistance, comme l'explique Monika Jain, la directrice de ce projet.

Monika Jain, la directrice du projet au sein de l'OGN Sulabh :

Les vieilles personnes n'en voulaient pas, car elles étaient habituées à déféquer dans la nature. Et beaucoup ne voyaient pas l'intérêt d'investir dans des toilettes. Maintenant, ils réalisent l'avantage, car les enfants souffrent moins de diarrhées et de vomissements.

Un Indien sur deux continue à faire ses besoins dans la nature, soit l'un des taux les plus élevés au monde. et cela n'est pas qu'une question de pauvreté : au Bangladesh ou au Burundi, des pays moins riches, 97% de la population fait ses besoins dans des toilettes. En Inde, ce manque d'hygiène et les frais sanitaires qui y sont liés couteraient l'équivalent de 6% du PIB, selon la Banque Mondiale. Le gouvernement prévoit de construire 130 millions de toilettes en 5 ans. Un objectif ambitieux, mais encourageant, selon Bindeshwar Pathak, fondateur de l'association Sulabh.

Bindeshwar Pathak, fondateur de l'association Sulabh :

Il va d'abord falloir former 150 000 maçons pour construire les toilettes. Ainsi que 50 000 motivateurs qui devront éduquer les habitants dans les villages, sinon ils ne les utiliseront pas. C'est un bouleversement culturel que l'on s'apprête à vivre : Des textes hindous disent en effet qu'il est impur de faire ses besoins près des maisons. Il sera donc difficile de changer 5000 ans de traditions en un jour.

Narendra Modi est le premier chef de gouvernement indien à s'engager aussi visiblement dans cette cause. Il faut dire qu'à la différence de beaucoup de politiciens, il vient d'une famille pauvre, qui n'avait pas de toilettes à la maison.

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