Un reportage de Sarah Sakho, correspondante de RFI à Mundemba, au Cameroun

Forêt tropicale Cameroun
Forêt tropicale Cameroun © julie.dewilde

Dans le sud-ouest du Cameroun,une pépinière devrait se transformer sous peu en une plantation géante de palmier à huile. Le projet fait polémique car il s’étend au pied d’une des plus vieilles forêts tropicales au monde, le Korup National Park. Les défenseurs de l’environnement redoutent une catastrophe écologique majeure dans cette forêt vieille de 60 millions d’années.

Le parc national de Korup est, de l’avis des spécialistes, une sorte de musée vivant. Sur sa surface équivalente à celle du département de la Martinique, on recense 1700 espèces d’arbres, 400 d’oiseaux et 161 grands mammifères, dont le léopard et l’éléphant.

Pour les défenseurs de l’environnement, la catastrophe écologique est toutefois imminente : en septembre 2009, l’Etat du Cameroun a octroyé à une firme agroalimentaire américaine, Héraklès Farms, plus de 70 000 hectares pour exploiter une plantation de palmiers à huile à proximité du parc.Orume Robinson est employé à la conservation de la réserve et militant écologiste.

Orume Robinson : « Il est évident que le parc va subir plus de pressions quand la forêt qui l’entoure sera rasée pour la plantation. Des pressions dues à la chasse et autres activités illégales. Mais que pouvons-nous y faire ? »

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SG-SOC, la filiale locale de la société américaine, affirme mener un projet durable sur le site en alliant développement économique et protection de l’environnement.

Hamilton James, le directeur de projet : « Nous allons mettre en place des zones tampons autour du parc national. Il y a aussi les sources d’eau que nous repérons pour les épargner. Près de 20% de la surface resteront inexploités et préservés pour les riverains, les animaux et les rivières »

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Des arguments qui n’ont pas convaincu les nombreuses ONG hostiles au projet. Celles-ci mettent plutôt en cause les méthodes qu’elles jugent peu orthodoxes de l’entreprise.

Nasako Bisinge représente une ONG locale très active dans la région, le SEFE.

Nasako Bisinge : «Ils ont l’intention de faire usage de la force et des pratiques de corruption au sein de l’administration pour obtenir ce qu’ils veulent. Leur étude d’impact environnemental ne traduit pas la réalité. Il s’agit d’un document falsifié ! »

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En août dernier, le tribunal local saisi par cette ONG a reconnu SG-SOC coupable de pratiques de corruption de leaders communautaires ou encore de falsification de documents, et a ordonné la suspension de ses activités. Selon la firme américaine, qui rejette en bloc ces accusations, le procès suit son cours.

D’après les plans de l’entreprise qui poursuit donc ses activités, 60 000 hectares seront rasés et transformés en palmier à huile d’ici 4 ans.

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