Un reportage signé Angélique Ferat, à Bagdad, en Irak

Abu Ala : « J’ai quitté l’Irak à cause des explosions et des enlèvements et maintenant je retrouve la même chose en Syrie ».

vague d'attentats en irak
vague d'attentats en irak © reuters

Abu Ala est l’un de ces Irakiens réfugiés en Syrie qui, comme de nombreux Syriens, ont dû fuir le pays.Ils avaient rejoint la Syrie pour échapper à la guerre civile dans leur propre pays, mais doivent à présent déserter leur terre d’accueil.

On estimait il y a peu le nombre de réfugiés irakiens en Syrie à près d’un million, mais seuls 88 000 d’entre eux sont aujourd’hui inscrits auprès du Haut Commissariat aux réfugiés du pays.

Chaque matin, c’est le même scénario. Vers 6 heures, des bus arrivent de Damas dans la gare routière de Mansour, à Bagdad. Les passagers descendent avec un fatras de cartons, valises, casseroles, sacs de jouets. Jusqu’ici, ils avaient toujours refusé de rentrer en Irak, la situation n’étant pas stable. Oum Moustapha, elle, va retourner en Syrie. Son fils, qui souffre d’un cancer, est resté près de Damas.

Oum Moustapha: « La Syrie est devenue dangereuse pour les Irakiens. Même les chauffeurs de taxi peuvent nous kidnapper. Les Irakiens ont des coupons de nourriture. Et si on reste là-bas, c’est pour l’argent, parce que la situation du pays empire de jour en jour. Pour le pain, en commençant à faire la queue dès 4 heures du matin, on peut espérer en avoir vers 10 heures. C’est dur, surtout pour les personnes âgées : on se pousse, certains tombent... Et c’est aussi difficile de trouver du gaz. Tout est devenu sectaire : druzes, sunnites, shiites… c’est devenu sectaire. »

Ces Irakiens n’ont pas oublié la peur. Ils ont tous vécu un drame, un kidnapping, des menaces de mort… Ils ont vu un proche mourir et ont fui leur pays. Aujourd’hui, ils ont le sentiment de revivre en Syrie ce qu’ils ont déjà vécu en Irak.

Une femme acquiesce de la tête ; elle a fui le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, près de Damas. Elle et son mari sont musulmans sunnites. Ils ont fui il y a 7 ans la violence des milices shiites du sud irakien.

Une femme irakienne :« Nous avons fait partie des premières familles à quitter Bassorah, au sud de l’Irak. Nous sommes ensuite allés à Mossoul et là aussi il y a avait des tensions avec Al Quaida. Alors, nous avons fui en Syrie et aujourd’hui, on a dû quitter le camp de Yarmouk. Le camp est largement détruit par les bombardements. L’armée libre de Syrie a kidnappé des gens. Ils ont arrêté mon mari pendant 3 jours, tout simplement parce qu’il s’appelle Ali. Ils croient que tous les Irakiens du Sud sont des miliciens chiites qui soutiennent le régime syrien . »

L’Etat irakien a multiplié, ces dernières années, les mesures pour faire revenir ses réfugies, mais cela n’a pas fonctionné. Aujourd’hui, il va devoir accueillir des milliers de personnes. Il distribue 3400 dollars, soit un peu plus de 2000 euros pour chaque famille qui rentre. Mais l’Irak, aujourd’hui, affiche un taux de chômage record et le pays manque cruellement de logements. Alors, beaucoup de refugiés espèrent pouvoir retourner en Syrie dès que les combats vont se calmer.

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