Unreportage de Nicolas Ropert, correspondant de Radio France Internationale en Afghanistan

Abbas Naderi, journaliste afghan:

100% des fonds du gouvernement afghan viennent de la communauté internationale, mais si ces aides diminuent ou s’arrêtent, comment l’Afghanistan pourra continuer son développement ?__

Habitants pauvres de Bamyan installés dans des maisons troglodytes
Habitants pauvres de Bamyan installés dans des maisons troglodytes © Nicolas Ropert

Abbas Naderi est journaliste dans la province de Bamyan. Dans cette région du centre du pays, les habitants sont obligés de marcher plusieurs kilomètres pour récupérer de l'eau.

Un exemple parmi d’autres, alors que 12 ans après la chute du régime taliban, des milliards ont été dépensés pour reconstruire l'Afghanistan.

Aujourd’hui, quel bilan de ces aides au développement ?

Le village de Sangichasban est situé à une dizaine de kilomètres de Bamyan-city, la capitale provinciale. Dans sa maison faite de tôle et de terre, Mohammad Hussain, un habitant nous explique sa plus grande difficulté : l'accès à l'eau.

L'eau est très importante. On ne peut pas vivre sans. Nous avons de gros problèmes pour ramener l'eau jusque chez nous. Pour laver les habits ou pour faire la vaisselle, les femmes sont obligées d'aller à la rivière. Cela prend 30 minutes pour y aller. 30 minutes pour r en revenir. Pareil pour la vaisselle.

Une pompe a pourtant été installée en contrebas. Elle devait fournir l'eau à tout le village. Construite par l'armée malaisienne, elle n'a jamais fonctionné. Ce que confirme Abbas Naderi, un journaliste local :

Selon moi, c'est vraiment du gâchis. La communauté internationale a dépensé énormément d'argent, mais une large part est perdue comme ça. Je suis très en colère parce que les habitants de Bamyan sont parmi les plus pauvres d'Afghanistan. Donc pourquoi est-ce que tant d'argent est dépensé ainsi et s'évapore ?

Abbas nous emmène voir le chantier d'une école. Financée par la Banque mondiale, la construction n'a jamais été terminée. Une situation qui révolte Seid Ali Akbar, dont les 4 enfants sont scolarisés dans ce bâtiment vétuste :

Cela fait 7 ans que la construction de l'école a commencé. C'est une compagnie afghane qui était en charge du contrat. Mais ce n'est pas fini. Il n'y a pas de fenêtre, il n'y a pas de vitre, pas de mobilier. Les élèves étudient dans de très mauvaises conditions. Les cours ont lieu par terre !

Plusieurs dizaines de millions d'euros sont pourtant dépensés chaque année rien que dans la province de Bamyan. Située à plus de 2.500 mètres d'altitude, aucun foyer n'est relié au réseau électrique, on utilise des générateurs. Des efforts ont pourtant étant fait, estime Esmail Zaki, un responsable de la société civile : __

Tout n'est pas parfait, mais il faut reconnaître que dans le domaine de l'éduction, des progrès ont été fait. Notamment dans l'accès à l'éducation : aujourd'hui, 44% des écoliers sont des filles, c'est mieux que dans le reste du pays. Mais je trouve que par rapport au reste de l'Afghanistan, Bamyan n'a pas reçu assez d'aide pour se développer.

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Et les choses ne risquent pas d'aller en s'améliorant. Alors que les troupes étrangères auront terminé leur retrait cette année, les Etats-Unis ont annoncé mi-janvier une baisse de 50% de l'aide civile accordée sur les douze prochains mois.

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