Un reportage d'Eric Samson, à Lima, au Pérou

Elizabeth Alanya :__ « Il m’avait déjà agressée verbalement, il m’avait poussée. Mais là, il a attendu que je dorme pour me défigurer avec de l’eau bouillante. Deux semaines plus tôt, j’étais allée voir la police, mais comme je n’avais pas été frappée à l’époque, les agents n’ont rien fait »

Femme péruvienne
Femme péruvienne © b00nj /

Elizabeth Alanya est péruvienne. Elle a été agressée par son conjoint de l’époque. Ayant accepté de témoigner publiquement, elle est devenue le symbole de ces femmes victimes de la violence des hommes, tout simplement parce qu’elles sont femmes.

Alors que la communauté internationale a célébré la semaine dernière la Journée pour l’Elimination de la Violence contre les Femmes, le gouvernement péruvien, lui, annonce qu’il va durcir les peines liées à ce genre de crimes.

Elizabeth a été brûlée à l’eau bouillante il y a déjà huit mois. Le physique, peu à peu, reprend le dessus. Quant à la tête, c’est autre chose.

Elizabeth Alanya : « Je m’enferme chez moi, je vais jusqu’à la porte, mais je ne sors pas dans la rue et encore moins dans le quartier. Ma peau est encore sensible et il me faut la protéger. C’est comme si j’étais en prison moi aussi »

Le cas d’Elizabeth est devenu un symbole au Pérou. Comme pour beaucoup d’autres femmes attaquées ou tuées, son drame aurait pu être évité.

Gina Yánez, de l’ONG féministe Manuela Ramos : « Quand une femme qui se sent menacée par son conjoint va porter plainte au Pérou, on la culpabilise sur sa façon de s’habiller, sur ses relations, comme si elle était coupable. Les familles aussi sont souvent tolérantes avec les agresseurs. C’est la porte ouverte à l’impunité »

Jaloux, son agresseur, Julio Cesar Jaimes, a été arrêté. Il a choisi d’avouer et de réclamer la fin anticipée de son procès. Cette figure légale lui permettrait de n’être condamné qu’à cinq ans de prison. Un scandale pour Samuel Asenjo, Coordinateur du Programme “Halte à la Violence”.

Samuel Asenjo, coordinateur Programma Alto a la Violencia : « Nous espérons que les juges appliqueront la peine maximale et que cela servira d’exemple aux hommes tentés de frapper des femmes »

Et cet exemple, il est urgent de le donner dans un pays encore très machiste selon Gina Yánez.

Gina Yánez, de l’ONG féministe Manuela Ramos : « Il est important et nécessaire que les meurtres de femmes soient reconnus dans le Code pénal. Ici, c’est une question culturelle, liée au machisme. Les femmes sont encore considérées par certains comme appartenant à leur conjoint »

Peu à peu pourtant, les langues se délient, les mœurs commencent à changer.

Liz Mélendez, sociologue de la fondation féministe Flora Tristan : « Le problème est visible depuis peu, car avant 2009, il n’y avait pas de statistiques officielles pour les meurtres de femmes. Mais les femmes sont depuis toujours victimes parce que sont des femmes. Aujourd’hui, on en parle plus et on sait qu’il y a en moyenne dix à onze assassinats par mois »

123 femmes ont été tuées par leur conjoint au Pérou l’an dernier, 73 depuis le mois de janvier. Fin novembre, la présidence du Conseil des Ministres a approuvé un texte de loi qui sera soumis prochainement au Congrès. Son objectif : que le gynécide, les meurtres de femmes commis par des hommes, soit désormais reconnu comme un crime à part, passible d’un minimum de quinze ans de prison.

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