Un reportage d'Angélique Ferat, en Jordanie

Abu Ali de Deraa : « Jamais je n’aurais pensé vivre dans un campement. Si j’avais su que ça serait aussi humiliant, je ne serais pas venu. Mais le plus important c’est de se débarrasser des oppresseurs »

Abu Ali est originaire de la ville de Deraa, en Syrie. Il fait partie du comité des réfugiés qui aide à améliorer les conditions de vie du camp de Zaatari, en Jordanie, où il est réside lui-même depuis près de deux mois.

La Jordanie est le pays qui a accueilli le plus grand nombre de réfugies syriens depuis 2011 : ils sont plus de 80 000. Le camp de Zaatari compte déjà 35 000 résidents, dans des conditions de vie très difficiles.

Le camp de Zaatari est situé près de la frontière syrienne, dans une zone semi désertique, ce qui veut dire poussière, vent, chaleur intense en été ; froid et pluie diluvienne en hiver. Le camp a aussi grandi très vite et les infrastructures ont eu du mal à suivre. Il n’y avait pas assez de salles de douches, pas d’écoles, des lampes solaires en petit nombre. Bref, un style camping spartiate qui a vite engendré la grogne des refugiés.

Plusieurs émeutes ont eu lieu, dont une la semaine dernière. A chaque fois, cela se solde par quelques tentes abîmées et quelques blessés.

Certains réfugies n’hésitent pas à s’enfuir, même si le camp est gardé par la police. Chaque jour a son lot d’histoires d’évasions abracadabrantes : dans le camion à ordures, dans la remorque de sable et parfois tout simplement en corrompant les gardiens. D’autres préfèrent repartir en Syrie. Cela veut dire retraverser la frontière illégalement et de nuit, sans pouvoir ensuite revenir en Jordanie, puisqu’ils y seront fichés.

Shahira :« Je veux retourner en Syrie car ici, dans le camp, la situation est déplorable. On a de l’eau, mais elle nous rend malades. Les services sont mauvais, il fait froid la nuit pour les enfants. La nourriture et l’eau ne sont pas bonnes. Je n’ai aucune idée de l’état de ma maison, ni de la situation de ma famille. Mais je ne peux plus rester là, on ne peut pas vivre ici. En Syrie, au moins, l’air est meilleur, il n’y a pas de poussière. Cette poussière est mauvaise pour les enfants et les personnes âgées. Ici, c’est comme une prison »

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Mohamed : « Je pars. Je ne supporte plus l’humiliation de vivre dans un camp. Rien ne fonctionne. La nourriture est périmée. Ils nous parlent comme si on était des chiens. Pour moi, la Syrie c’est encore mieux. J’ai quitté un régime qui nous humiliait. Ce n’est pas pour accepter une autre humiliation. Ils ne nous traitent pas comme des citoyens, ils nous traitent comme des esclaves. Quand on part, les Jordaniens nous demandent de bien dire que c’est nous qui demandons à partir, que personne ne nous a forcé à quitter le camp »

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Selon la police jordanienne, certains réfugiés n’ont plus de documents ou présentent de faux papiers. Ils ne sont donc pas autorisés à quitter le camp pour rejoindre leur famille, un frère ou un cousin déjà installé en Jordanie. Le haut commissariat aux refugiés admet que 5100 réfugies syriens sont repartis en Syrie depuis début août.

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