Un reportage de Grégoire Pourtier, à Addis-Adeba, en Ethiopie

Abinet Ezra:

Cet observatoire astronomique d’Entoto est très symbolique, pour plein de raisons. Pourquoi serait-ce trop ambitieux ? C’est ici que tout va commencer.__

La lumière des étoiles
La lumière des étoiles © Radio France

Abinet Ezra appartient à la Société Ethiopienne des Sciences de l’Espace qui se bat depuis 10 ans pour faire valoir l’astronomie en Ethiopie et aujourd’hui, il est donc très fier d’annoncer que le premier observatoire d’Afrique de l’Est va être mis en service sur la montagne d’Entoto (3172m d’altitude) qui surplombe Addis-Abeba, la capitale éthiopienne.

Un projet étonnant dans ce pays pauvre et qui n’est pourtant qu’une première étape puisque l’Ethiopie voudrait se doter au plus vite d’une véritable politique de l’espace.

Une grue installe deux dômes en métal dans lesquels seront disposés le lendemain les deux premiers télescopes d’Afrique de l’Est. Bientôt, à Addis-Abeba, on pourra donc observer de près les étoiles, l’achèvement d’un travail de la Société Ethiopienne des Sciences de l’Espace.

Abinet Ezra se rappelle qu’à ses débuts, l’association n’était pourtant pas vraiment prise au sérieux :

Nous avons mené la bataille contre les politiciens, ou tous les gens qui pourraient être impliqués, pour les convaincre que la science ne doit plus être un luxe. En fait, elle est même partout, et désormais, ils sont ralliés à notre cause. Par exemple, le gouvernement payait beaucoup d’argent pour envoyer des étudiants faire des doctorats de sciences et de technologie. Maintenant, avec cet équipement, nous allons pouvoir assurer cette formation ici.

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Une spécialisation universitaire a été lancée récemment, qui devrait prendre de l’envergure dans les années à venir. Les chercheurs auront accès à un équipement ultramoderne, dans un bâtiment érigé une centaine de mètre en contrebas des deux petits dômes.

Comme vous pouvez le voir, ici c’est la salle de données qui est encore en cours aménagement. Là, ils sont en train d'installer la fibre optique ainsi que tous les services de communication qui seront reliés au dôme. On pourra manœuvrer le télescope directement d’ici, ou même depuis une chambre.

En attendant, Joseph Huber dirige les travaux. Sa société, Astelco, a vendu le matériel et bientôt, il sera aussi chargé de la formation au maniement des deux engins d’un mètre de diamètre :

L’un des télescopes est équipé d’un spectrographe, et l’autre d’une caméra. Ainsi, vous pouvez pointer un même objet au même moment, et en tirer une image spectrographe et une image visuelle. C’est très précieux pour les scientifiques, et c’est donc pour cela que l’on a installé deux télescopes.

L’Allemand assure que la pollution lumineuse d’Addis-Abeba sera compensée par des filtres spéciaux, et qu’à 3172 m d’altitude, les conditions sont idéales. Reste qu’il avoue son étonnement d’être venu travailler ici :

Au début, je dois reconnaître que j’étais surpris qu’un tel pays puisse se payer un équipement aussi coûteux. Et puis j’ai vu que l’Ethiopie avait déjà de nombreux grands projets de modernisation, donc je pense qu’ils ont assez d’argent pour investir dans le futur et la technologie.

Grâce, notamment, à l’homme d’affaire éthio-saoudien, Mohammed Alamoudi, l’Ethiopie a en effet investi 2,5 millions d’euros dans cet observatoire.

Et ce n’est qu’un début.

Même si, sur le continent, le Nigeria et surtout l’Afrique du Nord, ont une bonne longueur d’avance, l’Ethiopie pourrait accueillir bientôt une infrastructure internationale. Et le gouvernement ambitionne de démarrer une véritable politique de l’espace, et ainsi, de mettre en orbite d’ici trois à cinq ans des satellites d’étude.

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