Un reportage de Florence La Bruyère, correspondante en Hongrie

Marika Lakatos, habitante du quartier des « rues numérotées » :

On n’est pas des allemands, des anglais ou des américains…On est hongrois. Des roms hongrois. Nous aussi on a des droits ! Et on se battra pour nos droits. __

Maria Lakatos et sa fille devant leur maison de Miskolc
Maria Lakatos et sa fille devant leur maison de Miskolc © Kathrin LAUER / Kathrin LAUER

Marika Lakatos a 48 ans. Elle habite à Miskolc, une ville de 170.000 habitants à 2 heures de Budapest (entre 10 et 15.000 habitants sont roms).

Marika est locataire d’un logement social dans un quartier défavorisé où la majorité des habitants sont tsiganes, comme elle. Les roms représentent environ 7% de la population hongroise. Ils ne sont pas nomades, ils habitent en Hongrie depuis des siècles.

Marika a toujours vécu à Miskolc. Son grand-père, son père, son mari ont travaillé comme ouvriers aux aciéries Lénine. Et aujourd’hui, elle ne se sent plus la bienvenue dans son propre pays, dans sa propre ville.

On est en campagne électorale pour les municipales du 12 octobre et les roms sont un bouc émissaire de choix.

Sans doute pour assurer sa réélection, le maire de droite a annoncé qu’il voulait faire raser les quartiers défavorisés – il y en a une douzaine à Miskolc. En langage codé, cela signifie : faire partir les roms ailleurs. Les autres partis ne sont pas en reste. L’opposition de gauche clame sur ses affiches : « Faisons de l’ordre » et « Miskolc aux Miskolciens ».

Marika Lakatos loue une petite maison de brique pareille à toutes les autres, dans la 6ème rue. Ici les rues n’ont pas de nom. C’est le quartier « des rues numérotées ». Marika a une salle de bains. Mais la plupart des familles n’ont pas l’eau courante et vont chercher l’eau à la pompe.

La ville veut raser le quartier. En compensation, elle offre à ses locataires 2 millions de forints soit 6000 euros. A condition que ceux-ci quittent la ville. Marika est scandalisée.

Marika :

On est des hongrois ! On est nés ici, nos parents aussi. On a tous nos racines ici ! __

Marika a déposé une demande pour un logement social dans un autre arrondissement de Miskolc.

Marika :

On était candidats pour un appartement dans un autre quartier. Mais on l’a pas eu ! Parce qu’on vient des « rues numérotées.

Gyula Schweickhardt dirige la société d’équipement et d’entretien de la ville. Il explique le point de vue de la municipalité.

Gyula Schweickhardt, directeur de la société d'entretien des eaux et de l'environnement :

Voilà ce dont il s’agit : à l’heure actuelle, il y a des locataires. Et la ville donne à ces locataires la possibilité de devenir propriétaire ailleurs. Et de commencer une nouvelle vie dans de meilleures conditions.__

Mais le locataire n’est pas forcé d’accepter cet argent. Il peut aussi demander à être relogé à Miskolc.

Gyula Schweickhardt :

On a des experts, comme l’association caritative de la Croix de Malte, qui nous aident à négocier avec les familles. Pour trouver une solution acceptable pour tout le monde. Mais il va falloir qu’on rase ces quartiers. __

Mais Mari Horvath raconte une tout autre histoire. Elle aussi est locataire. Elle a reçu une lettre disant que son bail expirait en janvier 2015. Et à la mairie, on lui a dit qu’elle n’avait droit à rien.

__ Mari Horvath :

La dame a regardé dans l’ordinateur. Elle m’a dit : c’est vrai, Mme Horvath, vous êtes en règle, vous n’avez pas de dettes, mais c’est la décision du conseil municipal… Je lui ai dit : alors je vais me retrouver à la rue ? Elle m’a dit oui… __

Pour l’instant, aucun locataire n’a été expulsé. Et L’association hongroise de défense des minorités ethniques a déposé plainte contre la ville de Miskolc pour discrimination.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.