Un reportage de Carrie Nooten, à Kampong Ayer, sultanat de Brunei

Rozan Yunos, haut fonctionnaire au ministère de la Culture, anciennement au ministère du Développement :

Le Village sur pilotis, c’est un peu le joyau de Brunei, donc vous ne pouvez pas y toucher. Et vous n’avez pas envie qu’il change !__

Rozan Yunos évoque « Kampong Ayer », le village de maisons de bois sur pilotis qui se situe dans le centre-ville de la capitale, découvert au XVème siècle n’a cessé de se métamorphoser au gré des époques.

Depuis 30 ans, la quête de confort et de modernité incite ses habitants à le déserter. Alors, les autorités locales ont mis en place plusieurs mesures pour freiner l’exode.

Brunei, sultanat pétrolier richissime et pourtant, 8% des habitants vivent en fait sur pilotis, dans le plus large village du genre au monde. A Kampong Ayer, les taxis sont des bateaux, les stations essence flottent, panneaux publicitaires, écoles et mosquées sont installés sur l’eau. Mais cette colonie millénaire est menacée : les incendies dus aux courts-circuits sont nombreux, et des maisons en bois, il ne reste, au mieux, que les fondations. Alors, les 200 pompiers du village veillent.

La dernière catastrophe, en juin, a laissé 34 familles sans abris. Feirul Hasnizem et ses collègues pompiers, avaient été impuissants :

Dans ce village, les maisons sont trop proches les unes des autres. S’il y a un feu, il s’étend très vite. Le problème, c’est qu’à marée basse, nous ne pouvons pas l’atteindre. Nous devons faire le tour de nombreuses maisons.

Le feu fait peur. Les déchets jetés dans la rivière, aussi. Les 36 kilomètres de pontons sont de moins en moins fréquentés. Les habitants sont passés de 40 à 20.000 en trente ans. Sofri Ali ne quitterait sa maison pour rien au monde, mais ce n’est pas le cas de tous ses voisins.

Sofri Ali, résident d’une maison traditionnelle :

Les déménagements ont commencé dans les années 70-80, quand le gouvernement a offert des logements sociaux. Si un habitant de Kampong Ayer en obtenait un, alors souvent il vendait sa maison à des inconnus ou à de la famille, puis il partait.

Depuis peu, le gouvernement tente d’enrayer l’exode. Pour cela, il a instauré une collecte des ordures et il vient aussi de livrer 65 maisons nouvelles, équipées même du tout à l’égout ! Suprii Hidup a eu le choix entre un logement social sur terre ou sur pilotis. Il n’a pas hésité : le quartier reste classique, les constructions sont plus sûres.

Suprii Hidup, résident d’une maison nouvelle :

Les murs sont faits de ciment. Ils n’ont pas utilisé des planches de bois, mais du ciment. Et à l’intérieur, il y a aussi une couche d’isolant, ce qui empêche la chaleur d’entrer. Il nous faudrait plus de maisons comme celles-ci. Ca aiderait à conserver l’héritage de Kampong Ayer.

Capitaliser sur sa réputation de « Venise de l’Est », c’est aussi un des récents objectifs des autorités. Le dernier Plan d’urbanisme recommande largement de miser sur l’authenticité des canaux. Plus de tourisme pour assurer la survie du village. Rozan Yunos est l’un des fonctionnaires à l’origine du projet :

Le plan d’urbanisme prévoit de conserver le village sur pilotis comme il est, en ayant certainement plus d’accueil pour les touristes. Les gens auront l’autorisation d’ouvrir des petits restaurants, des chambres d’hôtes…

L’ultime protection serait une inscription au Patrimoine historique, mais le projet de deux ponts géants autour de Kampong Ayer pourrait disqualifier le dossier.

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