Un questions-réponses réalisé avec Régis Genté, à Janaozen, au Kazakhstan

Paysage Kazakhstan
Paysage Kazakhstan © Ewan McIntosh

Mi-décembre, dans la petite cité pétrolière de Janaozen, dans l’ouest du Kazakhstan, une émeute était matée dans le sang par la police, faisant 16 morts selon un bilan officiel. Une émeute survenue au terme de 7 mois d’une grève des ouvriers du pétrole.

7 mois de grève, dans un pays autoritaire comme cette ex-république soviétique qu’est le Kazakhstan, ce n’est pas rien ! Mais le pouvoir continue à réprimer, et pas seulement.

Pas seulement, non. Il réprime, certes, et affirme sans donner de preuves, que cette émeute du 16 décembre a été organisée, planifiée, par les grévistes. Plusieurs leaders informels de cette grève ont été arrêtés depuis cette date. Et la semaine passée, des responsables politiques d’opposition ont été arrêtés. On navigue dans une quasi absurdité, puisque le pouvoir lui-même, le chef de l’Etat, Noursoultan Nazarbaïev, a critiqué la gestion désastreuse de la grève et des revendications salariales de ces ouvriers du pétrole. Et Nazarbaïev a même démis de leurs fonctions à peu près tous les responsables du secteur pétrolier du pays, à commencer par son gendre, un milliardaire qui était à la tête de la grande holding d’Etat qui chapeaute ce secteur clef de l’économie nationale qu’est le pétrole.

- Comment ont été rythmés ces 7 mois de mobilisation ?

Durant cette période, des milliers de « nieftianiki », d’ouvriers du pétrole, ont protesté pacifiquement. Ils n’ont jamais été violents, ils avaient même décidé que personne ne boirait d’alcool et que la place centrale de Janaozen, où ils ont organisé un sit-in permanent depuis l’été dernier, devait rester propre. Malgré tout, le pouvoir et la direction des entreprises concernées, ont manifestement multiplié les provocations. Certains leaders syndicaux ont été « achetés » par le pouvoir. Un syndicaliste récalcitrant a même été assassiné. Pendant l’été, plus de 2000 ouvriers ont été licenciés, au prétexte que leur grève n’était pas légale. Ainsi en avait décidé la justice kazakhe, que chacun sait aux ordres du pouvoir…

Et finalement, ce qui devait arriver est arrivé : le 16 décembre, qui était le jour des 20 ans de l’indépendance, la violence a éclaté. Moins, semble-t-il, parce que quelqu’un a planifié cela, que parce que les autorités locales ont entrepris de déloger les grévistes pour faire la fête.

- Pour fêter et glorifier l’autoritaire Président Nazarbaïev. Finalement, le Kazakhstan n’est pas aussi stable que le répète, à l’envie, son chef d’Etat

Absolument. La stabilité servait jusqu’alors à justifier l’autoritarisme, soutenu par le progrès économique. Mais la tragédie de Janaozen montre les limites du système autoritaire de Nazarbaïev, qui n’a pas été capable, pendant 7 mois, de régler les questions posées par ces milliers de grévistes, à cause de la corruption, de la peur des hauts responsables d’annoncer des mauvaises nouvelles à sa hiérarchie, du mépris pour le peuple, comme souvent en ex-URSS. Au fond, ces ouvriers demandent une meilleure distribution de la mane pétrolière.

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