Un reportage de Carrie Nooten, à Singapour

Sabrina Van Cleef Ault, propriétaire du Pangaea : « Le bijou du Pangaea c’est du Richard Hennessy -du cognac, chaud- avec des feuilles d’or de 24 carats, du champagne Krug, et on entoure le verre d’une chaînette avec un diamant d’un carat »

Nous sommes au Pangaea, la nouvelle boîte de l’hôtel iconique de Singapour, le Marina Bay Sands. Ici, le cocktail dont on vient d’entendre la recette coûte 21.000 euros le verre, soit plus que le salaire moyen annuel grec ! On n’est donc pas surpris d’apprendre qu’en 2050, les plus grandes fortunes devraient se concentrer en Asie.

Singapour affiche déjà depuis 2010, le revenu par habitant le plus élevé au monde (46.000 euros par an) et attire les grandes fortunes de Chine, d’Indonésie ou de Thaïlande.

A la sortie du Pangaea, les millionnaires qui sortent de boîte font vibrer leurs bolides. C’est sur la petite île de Singapour qu’on trouve la plus grande concentration de voitures de sports au monde. Ils peuvent même, maintenant les garer en plein ciel : après les avoir chargées dans un ascenseur spécial, Porsche, Maseratti ou autres Ferraris sont hissées jusqu’au 30e étage, pour arriver directement dans le salon de leurs propriétaires !

C’est un « petit luxe » qui coûte 7 millions d’euros l’appartement de 3 chambres. Leni Suparman, PDG du groupe immobilier KOP Properties.

Leni Suparman: « Un emplacement incroyable, des finitions luxueuses, c’est ce qu’on propose. Mais on a quelque chose en bonus : un concept éblouissant, qui correspond bien aux profils de nos acheteurs qui adorent les voitures de courses, et ont souvent des personnalités flamboyantes… Ils aiment en mettre plein la vue ! Et à chaque fois qu’ils reçoivent leurs amis chez eux, leurs voitures sont juste en face d’eux, dans le salon ! »

Show off, casinos et boutiques de luxe qui ne désemplissent pas : rien qu’à Singapour, 15% des foyers sont considérés comme des grandes fortunes, disposant au moins d’un million de dollars.

La petite île attire aussi les ultra-riches des pays voisins.

Ces fortunes ne sont pas héritées comme en Europe, mais ont toutes en commun le fait d’avoir été amassées, en quelques années seulement, par des entrepreneurs. Ceux-ci se sont enrichis soit en construisant les infrastructures de leurs pays, soit en produisant en masse et pour pas cher pour les marchés occidentaux. A tel point que Cap Gemini note dans son World Wealth Report 2012 que pour la première fois cette année, le nombre de millionnaires en Asie dépasse celui d’Amérique du Nord.

Claire Sauvanaud, vice-Présidente Asie Pacifique de Capgemini : « La richesse asiatique se réinvestit en Asie, et ceci de plus en plus. C’est important parce qu’avant c’étaient des richesses, notamment pour le segment des très très riches, des très grandes fortunes, qui avaient tendance à s’évader et partir sur des destinations comme la Suisse. Aujourd’hui des centres comme Singapour ou Hong Kong sont capables de capter la plupart de la richesse qui se crée en Asie »

Singapour en train de devenir, donc, le coffre-fort, la petite Suisse de l’Asie. L’an dernier, le cours mondial du diamant a augmenté de 20% uniquement à cause de la demande chinoise. Au Freeport de Singapour, zone dédouanée où l’on stocke sous haute surveillance des œuvres d’art, on est pris d’assaut depuis peu pour garder en toute discrétion des biens -d’un autre genre.

Christian Pauli, directeur général de Fine Arts Singapour : « L’origine de notre entreprise, c’est l’art, transporter les œuvres d’art. Mais quand on regarde toutes les possibilités autour des infrastructures que nous avons ici, on voit qu’il y a aussi une demande des clients pour des coffres-forts, due aux investissements de plus en plus fréquents dans les métaux précieux. »

En Asie, les ultras riches progressent aussi deux fois plus vite que leurs homologues dans le reste du monde.

Les économistes prédisent ainsi que le point de gravité du monde économique se fixera entre l’Inde et la Chine en 2050, du côté de Singapour. En 1980, ils plaçaient ce même point entre les Etats-Unis et l’Europe, au milieu de l’Atlantique !

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