A la question : « Ce film va t-il avoir du succès ? » je réponds « affirmatif »

Je ne reviendrai pas sur la prestation (remarquable) de monsieur Gouix Guillaume, dont je connais les états de service (impeccables) depuis le film (admirable) Les Hauts Murs, dont le scénario (admirable) fut signé par mon ami (incomparable) Albert Algoud (quel talent celui-là)  

Je ne reviendrai pas - vous l’avez fait Nagui - sur l’excellence de la réalisation, de Niclouxe Guillaume, un gars qui en a dans le froc d’avoir été tourner en Indo.

En tout cas, si ce film est sûr de connaître un grand succès c’est auprès de moi. Je vais le revoir et le revoir, Nagui ! Et pourquoi vais-je le revoir ?… Parce que les marches épuisantes dans une jungle hostile et moite, les villes grouillantes de Viets inquiétants, les maisons de plaisir avec des hôtesses à spécialités inouïes, les pipes à opium, les cages en bambous, c’est exactement ce que j’ai vécu Nagui, au Tonkin… « Au Tonkin »…

Vous voyez, quand  c’est vous, Monsieur Niclouxe qui racontez l’Indo, Nagui est là, à s’extasier, et que je te mouille la compresse, et que je dégouline de compliments mielleux… Mais quand c’est moi-qui évoque  l’Indo - que j’ai vécue au plus profond de  ma chair-  tout de suite ce ne sont que lazzis et quolibets, plus cruels encore  que les bambous pointus que l’égérie des Viets, la belle et sadique Suzy Wan m’enfonçait… sous les ongles et c’était même pas pour me faire parler…

Mais surtout, ce qui m’a ramené, monsieur Nicloux, trois quart de siècles en arrière, comme si c’était hier, c’est les sangsues… 

C’était le 17 juin 1954. Après la défaite de Dien Ben Phu, mes légionnaires et moi avions été déportés au camp de Gan Bang Phoc où nous croupissions nus et entassés dans des cages en bambou « ouvrez-ouvrez... » immergées dans les eaux saumâtres du Fleuve Marron et tous les soirs, la terrible Suzy Wan venait y déverser un seau grouillant de sangsues grosses comme des rouleaux de printemps, des sangsues, pires que celle de votre film, monsieur Nicloux… dressées à nous vampiriser le fondement... atroce...

Depuis, je ne peux pas rester assis plus de trois minutes et je vais donc devoir vous quitter.  

Bonne émission !

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