Il y a une chose dont on parle peu avec les maladies chroniques, c'est la fatigue. Les personnes non concernées peinent souvent à bien réaliser ce que ce mot signifie en termes de charge mentale quotidienne.

Quand les personnes atteintes de maladies chroniques souffrent d'une charge mentale supplémentaire
Quand les personnes atteintes de maladies chroniques souffrent d'une charge mentale supplémentaire © Getty / Goodboy Picture Company

Les personnes atteintes d'une maladie chronique souffrent davantage

Que ce soit le diabète de type 1, le diabète de type 2, les polyarthrites rhumatoïdes, les spondylarthrites, ces maladies chroniques sont chroniques. 

On peine souvent pour les personnes non concernées à bien réaliser ce que ce mot signifie en termes de coûts cognitifs quotidiens. Le coût cognitif, c'est une expression qu'on pourrait un peu rapprocher du terme de "charge mentale". 

Un malade chronique, il doit gérer sa douleur, il doit gérer les incapacités entraînées par sa maladie, par exemple ne plus pouvoir se déplacer aussi facilement qu'avant ou prévoir ses déplacements en fonction de la maladie, etc. Il doit aussi gérer ses traitements, ses rendez-vous médicaux avec les spécialistes, les rendez-vous paramédicaux, par exemple, la kinésithérapie. Autant de petits détails qui exigent de mobiliser des ressources considérables, du temps de cerveau disponible, mais aussi du temps tout court. 

À cela s'ajoute une autre donnée, celle de la pensée permanente que nous renvoie notre corps de notre propre finalité. Si la santé, c'est le silence des organes. 

La maladie chronique, c'est un brouhaha permanent

C'est vrai, nous avons finalement assez peu conscience d'être un corps : quand nous avons faim, nous mangeons ; quand nous avons soif, nous buvons ; quand nous avons mal, nous frottons un peu l'endroit coupable, prenons un paracétamol et voilà. 

Le malade chronique ne peut pas faire l'économie de cette insouciance-là

Car la douleur lui rappelle tout le temps et partout qu'il est un corps et que ce corps souffre, qu'il s'y déroule des phénomènes anormaux au sens de pathologique et qui sont autant de rappels de notre mortalité sur cette terre. Il faut savoir qu'une bonne part de nos ressources cognitives sont dévolues en permanence à évacuer de notre esprit l'idée que nous sommes mortels et que nous sommes toutes et tous destinés à mourir un jour. 

La maladie chronique, c'est comme un petit chien noir qui non seulement vous mord les talons à chaque seconde sans vous laisser de répit, mais dont il vous faudrait en plus vous occuper une bonne partie de votre temps libre. Et maintenant, imaginez que ce petit chien porte sur lui un collier où serait inscrit "Rappelle-toi que tu vas mourir", chaque fois que le petit chien vous mord et que vous devez vous en occupez, vous êtes aussi obligé de lire à haute voix l'inscription sur ce collier "Rappelle-toi que tu vas mourir". Voilà, maintenant, on a peut-être une vague idée du fameux coup cognitif dont je parlais. 

Tout cela pour dire : ne soyons pas une charge supplémentaire pour ces patients-là. Ils ont le droit d'être fatigués, en colère, ils ne nous doivent aucune explication, ils sont légitimes à ne pas vouloir nous raconter leur vie alors qu'ils ont déjà raconté à 60 personnes avant nous. 

La maladie chronique est un fardeau en soi, n'ajoutons pas de poids sur leurs épaules déjà bien chargées

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