Vomi, mouchoirs usagés, pieds posés sans gêne pour montrer un panaris, dentier balancé à la va-vite… Baptiste Beaulieu s'interroge sur ce qu’endure son bureau, son pauvre bureau de médecin en PVC.

Bureau de médecin généraliste (image d'illustration)
Bureau de médecin généraliste (image d'illustration) © Getty / Universal Images Group

Oui, imaginez : une maman entre, me salue, puis dit :

‪« Docteur, regardez tout ce qu’il vomit » en sortant un sac plastique rempli de ce que vous pouvez imaginer, sac qu’elle pose ensuite sur mon bureau, hyperfière de tout ce que le corps de son petit garçon est capable d’excréter.

‪Mais oui ! OUI !!  Et ce qu’endure mon bureau, mon pauvre bureau en PVC personne ne peut le décrire. Il n’y a pas de mot. Qui pourrait comprendre à part peut-être le bureau d’un autre médecin !

D’ailleurs, je les imagine bien, la nuit venue, qui se téléphonent entre eux. 

« Moi on m’a déjà fait ça avec des tænia, hein » se plaindrait celui du gastroentérologue en bas de ma rue. 

Non mais vraiment.

Qu’est-ce que j’aurais dû faire quand cette femme a déposé ce sac au plastique si fin, rempli de vomi ? Mon Dieu, je revois le vomi bomber la fine couche de plastique, et ce plastique qui s’étale, qui s’étale sans fin comme une galette ou une bombe à eau. Mais mon dieu, non... Je comprends qu’elle soit fière, cette mère, c’est le bébé de son bébé, quelque part, mais quand même... Je ne sais pas ce que j’ai pensé en voyant ça ! 

Peut-être que j’ai vu dans ma tête le capitaine Kurtz (Marlon Brando dans Apocalypse Now) celui qui a un gros stock de Napalm à écouler, et je l’ai entendu commander dans ma tête : 

Brûle-le-sac ! Brûle le bureau ! Brûle-la-maman ! Brûle-tout, brûle-tout Baptiste !

Vous savez, le bureau du médecin n’a pas le vie facile. Non mais j’ose à peine toucher le mien ! Entre les mouchoirs usagés, les pieds posés sans gêne pour montrer un panaris ou le petit bouton entre les orteils, le dentier balancé à la va-vite alors qu’à côté la table d’examen n’attend que ça !!!!

Et derrière tout ça, cette question existentielle : ils sont étanches au moins, les sacs Monoprix ?

Vous savez, j’écrivais cette chronique et je pensais : « Punaise, je ne souhaite pas à mon pire ennemi d’être réincarné en bureau de médecin ! » 

Et tout à coup je me suis souvenu qu’un bureau de médecin ce n’était pas seulement ça. 

Je me suis souvenu de toutes les fois où quelqu’un a dit, en tapotant du bout des doigts ce petit bureau, des phrases comme :

« Docteur, je vais mieux ! »

« Docteur, je me marie ! »

« Docteur je suis enfin enceinte »

Ou même : « j’ai enfin maigri » qui rappelle cette autre phrase « j’ai enfin grossi »

Ou encore cette phrase magnifique : « j’ai pas peur, Docteur ! »

Et, enfin, peut-être ma préférée d’entre toutes :

« Vous savez, Docteur, je vais me battre !»

Et là oui, définitivement je peux le dire, je ne souhaite finalement pas à mon pire ennemi d’être réincarné en bureau de médecin : il aurait trop de bons moments et ce serait trop bien pour lui !!!

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