Un livre peut grandement soulager vos maux de santé. Permettre aux patients de s'évader grâce à la lecture, leur permettre de passer du temps, de voyager dans le temps, sur la Lune, dans le futur, ou à Rome, bref, leur offrir la possibilité de s'enfuir de l'hôpital quelques heures est un combat qui mérite d'être mené.

Santé et livres : un complément littéraire mettre des mots sur vos maux
Santé et livres : un complément littéraire mettre des mots sur vos maux © Getty / Ketchana Jedsenarak / EyeEm

Hier, en préparant cette chronique, je n'ai pu m'empêcher de me souvenir de cette patiente, rencontrée lors de mes études et qui était clouée au lit par une tuberculose du rachis. Grande lectrice, elle avait épuisé tous les livres de la petite bibliothèque du service. Je lui avais donc amené un roman d'aventure qui prend place à Séville : « Le livre de Saphir » du merveilleux et talentueux écrivain Gilbert Sinoue. Le lendemain matin, elle était radieuse et m'accueillait en me disant : 

Grâce à vous, j'ai passé la nuit sur les routes d'Espagne, je n'étais plus ici !

Et quand elle a dit « ici », elle n'a pas seulement montré son lit et sa chambre, mais aussi son corps paralysé.

Vous allez dire qu’en tant que romancier je prêche pour ma paroisse, mais pas du tout. Là, c’est le médecin qui parle, pas le romancier.

Vous allez aussi me dire : quel est le rapport avec le sujet du jour ? Il y a longtemps que j’ai compris que chez certains patients, les solutions phytothérapeutiques, naturelles, ou même les compléments alimentaires en libre service peuvent être un moyen pour eux de se réapproprier une part de leur traitement, de leur corps, afin de regagner en autonomie ce qu’un hasard cruel -la maladie- leur a fait perdre.

Eh bien je crois qu’il existe aussi, comme les compléments alimentaires, des « compléments littéraires », eux aussi en libre service en librairie, et ils sont un moyen pour patientes et patients de se réapproprier une part de leurs imaginaires, afin de briser les murs de leurs corps, les murs de leurs chambres d’hôpitaux, et briser ce fil à la patte qui relie le creux de leurs coudes aux pieds de perfusion.

Ma prescription en ce lundi matin

  • En cas de jambe cassée/dialyse/chimiothérapie, bref toutes raisons vous clouant au sol quelques heures/jours/semaines : « Jonhatan Livingston le Goéland » de Richard Bach.
  • En cas de dépression/petite fatigue passagère : « Le prophète » de Khalil Gibran ou alors « Une Vie bouleversée » de Etty Hillesum.
  • En cas de crise d’angoisse : « Le Gardeur de Troupeau » de Pessoa, ou « Comment vivre en poète » d’Eric Poindron (c’est bien de citer des romanciers vivants, quand même !). 
  • En cas de deuil insurmontable : « L’Ombre du Vent » de Carlos Ruiz Zafon.
  • En cas d’insomnie : « Ulysse » de James Joyce (il fait partie des grands classiques, et je dois confesser à ma grande honte n’avoir jamais pu dépasser la troisième page sans tomber dans une profonde et salvatrice somnolence).

Voilà ma prescription sommaire. Matin midi et soir, jusqu’à la fin de la boîte, heu, pardon, du bouquin.

Si vous pouvez donner la votre sur le site de France Inter, ce serait génial : que les auditeurs et auditrices se refilent des compléments littéraires ayant fonctionné pour eux !

Bref, je vous le promets, un complément littéraire ça sert à tout, allez demander aux libraires, ce sont des soignants à la pharmacopée vaste et variée. Il y a un livre pour chacun de nous, pour soigner chacun de nous je veux dire, prêt à l’emploi, et à lisser la dure réalité d’un corps qui nous échappe ou d’un hôpital qui a tôt fait nous avaler tout entier.

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