On dit toujours « les profs les profs » et on oublie qu’il y a des gens derrière la craie. Et d’un seul coup on a ce nom, Samuel Paty, et on se souvient de tous ces humains qui ont croisé notre route.

Moi au CP il y a eu madame Taillefer, elle avait un sacré nom, elle faisait un peu peur, était très sévère, mais je crois qu’elle n’a jamais été injuste avec un élève, droite dans ses bottes. Madame Taillefer m’a appris à écrire et à compter.

Au primaire, il y a eu madame Tondu, une prof de français, la douceur incarnée, elle était jeune et jolie, je l’adorais, elle est partie en cours d’année, on a appris aux vacances d’été qu’elle était morte d’une longue maladie. On a voulu nous protéger. Si madame Taillefer m’a appris à lire, madame Tondu m’a appris à aimer ça. Sa perte, elle, m’a appris l’absence.

Au collège il y a eu monsieur Brat, il était très malade mais il assurait scrupuleusement ses cours d’histoire géographie, il vivait carrément le truc, l’Histoire c’était sa drogue à lui, ses cours était un spectacle permanent, et quinze ans après je me souviens encore de lui faisant mine de relever une robe imaginaire et courant dans la classe pour nous raconter la fuite du pape Clément VII vers le palais Saint Ange.

Au lycée, il y a eu madame Blemont, la prof de philosophie la plus extraordinaire et cool du monde et qui nous parlait comme à des adultes, trop peut-être, mais c’était génial, et je me souviens de cette phrase totalement folle (et sans doute très vraie) qui me fait encore rire tant d’années après : « Vous savez les jeunes, quand on rencontre quelqu’un il y a toujours un millième de seconde où cette personne est envisagée comme partenaire sexuel potentiel ». Je rigole aujourd’hui en vous racontant ça, me demandez plus comment on en était arrivé à parler de ça en classe, mais elle savait nous causer sans chichi, sans nous infantiliser.

Durant les études de Médecine, il y a eu le docteur Tiphaine Pinault, m’a cheffe de stage en gastro-entérologie. Je venais de vivre une rupture amoureuse, je déprimais sévère, avais des idées noires. Je pense qu’elle l’a senti, elle ne m’a jamais brusqué, ne m’a jamais mis en devoir de quoi que ce soit, et su discrètement exigé de moi le meilleur que j’étais capable de donner à l’époque, même si c’était pas grand chose.

Ma grand-mère disait qu’il fallait un village pour élever un enfant et je repense à tous ces professeurs qui ont croisé ma route d’enfant, d’adolescent, ou de jeune medecin.

Alors voilà : madame Taillefer, madame Tondu, monsieur Brat, madame Blemont, docteur Pinault, je vous remercie d’avoir été ces merveilleux professeurs, l’adulte que je suis vous doit beaucoup de sa réussite, l’enfant que j’ai été beaucoup de ses souvenirs heureux.

Et sans trop m’avancer je pense que nombre d’adultes ont tous un professeur dans leur mémoire et dans leur coeur à qui ils doivent de très jolies parts d’eux-mêmes.

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