Alors qu'il remplace une consœur, le docteur Baptiste Beaulieu est étonné du peu de réaction empathique de la patientèle face à son absence. Cela lui a appris l’humilité : une fois en retraite ou si on déménage... les patients chercheront un autre médecin dans l'annuaire, c'est tout.

Même si le médecin compte beaucoup pour ses patients, mieux vaut rester humble.
Même si le médecin compte beaucoup pour ses patients, mieux vaut rester humble. © Getty / Maskot

Alors voilà je me souviens, il y a quelques années, je suis jeune médecin remplaçant. C’est un jeudi, 7h30 du matin. Je reçois un message : une jeune médecin, douce, attentive, que j’ai déjà remplacée, me demande d’assurer ses consultations médicales au pied levé. Il est 8 heures quand je gare mon vélo devant son cabinet où poireautent une petite dizaine de patients, qui sont arrivés en avance.

« Bonjour, le docteur Serena n’est pas là, elle s’est blessée et s’est fait mal » dis-je en farfouillant dans mon sac pour sortir les clefs. Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Mais j’aurais préféré quelque chose de plus humain qu’un banal : « Ah mais y a quand même un docteur ? »

C’est cool d’essayer d’être un soignant bienveillant, mais le coup de ne MÊME pas demander des nouvelles, ça me reste en travers de la gorge...

Le docteur Juliette est géniale. Je veux dire : à l’écoute, présente, concernée.

Elle est tombée sur la tête dans la nuit, en s’occupant de son petit, et elle est aux urgences où elle attend de passer un scanner cérébral.

Pourtant, clairement, son état, ça ne les intéressait même pas.

Alors j’ai dit :

Avant tout, on va ensemble souhaiter un bon rétablissement au docteur. À 3, on le dit ensemble. Allez : 1,2,3 !

Ils ont répété en chœur : 

Bon rétablissement docteur Juliette !!! 

Sur le trottoir. À 8h00 du matin.

Je n’oublierai jamais. 

Parfois, tu te dis : 

Je peux soigner trente ans au même endroit, accompagner des familles, tenir dans mes bras les bébés de femmes que j’ai moi-même tenu bébé dans les bras trente ans plus tôt, m’investir comme jamais auprès de ces familles, si je meurs demain, ils chercheront sur l’annuaire un médecin dans le coin et... c’est tout.

Parfois, t’essaies de faire bonne figure, tu te drapes dans ta vocation, mais ta blouse ressemble de plus en plus à la bure d’un moine défroqué.

La médecine c’est comme l’Amour : il ne faut pas tout donner à l’autre, car celui qui vit d’illusions, un jour, finit par mourir de désillusions.

Donc je veux dire aux patients : soyez aussi attentifs à ceux qui vous soignent. Et je veux dire aux soignants : faisons ce qu’on peut à la hauteur de nos moyens, dans le respect de nous-mêmes. Parce que tout ça ce ne sont que des histoires d’humains.

Alors répétez après moi : 1,2,3, la vie est belle ! 

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