Dans les pays émergents, les virus font des ravages dans les populations infantiles : 330 enfants meurent chaque jour en Afrique et en Asie de la Rougeole ! Baptiste Beaulieu insiste sur la prise de conscience de l'inégalité des chances de survie face aux virus pour mieux interroger le rapport à l'accès des vaccins.

Les enjeux de la rhétorique antivaccinale
Les enjeux de la rhétorique antivaccinale © Getty / Yulia Reznikov

La vaccination : un marqueur des inégalités face à la santé 

La réthorique anti-vaccinale diffuse dans des pays où les infrastructures hospitalières ne permettent pas de rattraper les dégâts causés par les mauvaises couvertures vaccinales.

Archibald, 4 ans, peut se permettre d’avoir des parents anti-vaccins et ne pas être vacciné dans un pays comme la France où la couverture vaccinale de ses camarades le protège aussi. Ce n’est pas le cas d’Abdelkharim 4 ans, né au fin fond de la Somalie.

Il existe une inégalité des chances de survie entre un enfant qui souffre d’une encéphalite rougeoleuse à Neuilly et un gamin souffrant du même mal au fin fond du Soudan.

Les anti-vaccins purs et durs - je parle de celles et ceux qui font leur beurre sur le sujet, pas des personnes qui ont des inquiétudes vis-à-vis du vaccin à ARN anti-Covid, ou de celles et ceux qui pensent, et à juste titre, que les labos pharmaceutiques ne sont pas philanthropes - les anti-vaccins purs et durs ne sont jamais allés là où on ne peut pas vacciner. Ils n’ont jamais vu d’enfants emportés sous leurs yeux d’une diphtérie ou d’un tétanos. Il n’ont jamais eu à gérer le deuil d’un proche emporté par une maladie qui aurait pu être facilement évitée. On pourrait dire que ce que je viens d’écrire est demago ou culpabilisant, mais, oui, je suis désolé, c’est la STRICTE VÉRITÉ.

Avec les réseaux sociaux et la mondialisation des idées, les discussions entre personnes blanches, riches et jouissant d’une couverture vaccinale suffisante diffusent loin de nos frontières… Et cela a des conséquences

Qui s’y intéresse ? Qui le dit ça ?

Nos débats sur la vaccination sont… des problèmes de riches

Avant la vaccination, un enfant sur quatre en Europe n’atteignait pas l’âge de 1 an. 400 000 c’est le nombre de décès annuels de la variole à l’époque où la variole existait.

Vous savez ce que c’est, la variole ? Non ? Ben moi non plus. C’est tant mieux, ça veut dire qu’on a oublié ce que c’était… Pas les pays émergents souffrant d’une mauvaise couverture vaccinale où la rhétorique antivaccinale diffuse aussi avec des conséquences graves. 

Ne pensez pas que je m’énerve ou que je juge, juste j’aimerais qu’on décentre parfois nos débats et qu’on regarde ce qu’ils causent ailleurs chez des personnes moins riches, moins blanches, moins… comme nous ! 

Quand on donne de la force médiatique ICI, sur NOS réseaux, à des charlatans qui racontent N’IMPORTE QUOI on augmente leur portée médiatique. Leurs vidéos sont partagées des milliers de fois, notamment sur les Internets africains. Quel impact avons-nous, ici, en légitimant de tels discours ?

Décentrons-nous. Nous ne sommes pas seuls au monde et nos partages ne sont pas neutres. Ils ont des conséquences. Pensons-y.

Point Covid

Ça fait donc des années qu’on connait cette famille de virus, qu’on travaille dessus, et surtout surtout SARS-COV2 et SARS-COV1 (qui est responsable du SRAS) partagent la fameuse protéine SPYKE sur laquelle le procédé vaccinal s’articule. Des essais vaccinaux sur le SRAS avaient été entrepris au début des années 2000. 

Quant au vaccin à ARNm ça fait plus de 25 ans qu’on bosse dessus, notamment pour trouver un remède à Ebola. Mais surtout, comme il ne s’agit pas d’un vaccin avec des bouts de virus dedans, on n’a pas eu besoin de disséquer le virus, de trouver le bon endroit à découper, puis de cultiver des milliers de virus et découper des milliers de bons endroits à chaque fois pour les milliers de vaccins.

Il a juste fallu isoler l’ARN viral codant pour la protéine SPYKE et le reproduire beaucoup. Ce qui prend… moins de 72 heures. 

Enfin, c’est une pandémie, il y a pléthore de patients prêts à participer aux études. Il faut les trouver, d’habitude, les patients ! On se retrouve pas avec 38 000 participants en claquant des doigts. Là… SI ! Et un argent fou. Genre vraiment fou (presque 3 milliards d’Euros seulement en Europe !). Jamais autant d’argent n’a été mobilisé aussi rapidement.

Il y a eu, également, devant l’urgence sanitaire, une adaptation inédite des gros mammouths administratifs. L’Agence Européenne du Médicament met légalement 210 jours avant de délivrer une accréditation.

L’étude des effets indésirables à court et moyen termes a déjà eu lieu au cours de la Phase 3 de l’essai clinique. Pour d’éventuels autres effets (non vus lors de l’étude) il faudra attendre la phase 4 qu’on appelle aussi la pharmacovigilance (recueil sur le terrain des événements indésirables). En soi, cela ne change pas : on fait plus ou moins pareil avec d’autres médicaments.

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