Baptiste Beaulieu a reçu un vieux couple dans son cabinet médical : Monsieur est diabétique depuis 30 ans, mais c’est Madame qui connaît ses traitements : ceux qu’ils ont encore à la maison et ceux qu’il faut renouveler. Comment faire pour que les hommes prennent leur part de charge mentale sanitaire ?

La différence de charge mentale entre hommes et femmes en matière de santé
La différence de charge mentale entre hommes et femmes en matière de santé © Getty / EmirMemedovski

Inégalités quant au droit à l'ignorance sanitaire

C’est Madame, aussi, qui connaît les chiffres de la glycémie de Monsieur. Et, d’ailleurs, Monsieur se laisse un peu porter durant l’entretien,, et quand je lui pose des questions sur SA santé, c’est vers Madame qu’il se tourne et c’est madame qui répond. 

Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous j’ai l’habitude que la charge mentale sanitaire des cellules familiales soit le plus souvent portée par les femmes. Sisyphe portant éternellement son rocher au sommet d’une montagne ? Petit joueur à côté de Madame. 

Pour les enfants aussi, la charge mentale du côté des mamans

Si je parle de ça c’est parce que j’ai reçu un message d’une lectrice la semaine dernière : elle avait rendez-vous pour son fils de 12 ans avec un chirurgien pour évaluer la nécessité d’une opération de son phimosis. Le phimosis c’est, pour faire simple, un prépuce un peu trop serré qui empêche de découvrir le gland du pénis. 

Cela devient vite problématique à la puberté et cela peut favoriser les infections...

Le chirurgien est très sympa, m’écrit la lectrice, mais il lui pose beaucoup de questions : comment ça se passe le décalotage, si son fils se nettoie bien sous la douche, comment il se décalotte, etc. 

Ma lectrice répond qu’elle ne sait pas ce qu’est un nettoyage correct de la verge sous la douche, et qu’elle ne sait fichtrement pas comment on s’y prend pour décalotter... Elle finit même par, du bout des lèvres, mais sans ironie, expliquer qu’elle n’est pas particulièrement experte en fonctionnement de l’anatomie masculine. 

Et vous savez quoi ? Elle a raison de ne pas l’être. 

Vous croyez qu’on demande à un papa de connaître parfaitement comment ça marche là-dedans pour sa fille, gynécologiquement parlant ?! Ben non.

Vous ne verrez jamais un médecin se tourner vers un père et lancer : "Est-ce qu’elle a ses règles ? Des cycles réguliers ? Combien de sang elle perd ?".

Ça paraît normal pour un père de ne pas savoir ce genre de choses. Alors pourquoi les mères devraient le savoir, elles, pour leurs fils ? Parce que c’est comme ça que commence la différence de charge mentale entre homme et femme. 

Peut-être que j’extrapole, mais je ne peux pas m’empêcher de voir une contiguïté entre d’un côté les mères qui savent mieux que les pères si le petit est à jour de ses vaccinations, puis les épouses qui devront connaître plus tard les traitements contre l’hypertension de leur mari vieillissant.

En France, la majorité des aidants sont des aidantes. Il est temps que les mentalités bougent, il est temps que les choses changent, qu’on comprenne ce qui rend cette injustice possible. 

Comment faire pour que les hommes prennent leur part de charge mentale sanitaire au sein de la cellule familiale ? Je ne sais pas, mais je sais qu’une charge, ça se partage, et ce n’est clairement pas ce qu’on constate au quotidien dans nos cabinets médicaux. 

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